BIENVENUE à SUCMIEI à nos hôtes en 2014

Cette année, nous vous accueillerons du 1er avril au 1er novembre.
(Avec une interruption entre le 25 juin et le 30 juillet où nous serons fermés).

Nous vous rappelons qu’à Séguret, quatre restaurants s’offrent à vous :
En bas du village, La Bastide bleue et Le Domaine de Cabasse
En haut du village, Le Mesclun et Côté terrasse (Ce dernier a été entièrement rénové avec une grande salle ouverte sur l’extérieur).

Nous vous rappelons également que les mois de mai et juin sont les plus propices pour découvrir la nature en fleurs, vous bénéficierez aussi de longues journées et d’une relative douceur pour randonner.

WELCOME AT SUCMIEI TO OUR GUESTS IN 2014

This year, we shall welcome you from April 1st to November 1st
(Except from June 25 to July 30, we shall be closed during this period).

Remind there are four restaurants in Séguret:
At the lower part of the village, La Bastide Bleue and Le Domaine de Cabasse
At the upper part of the village, Le Mesclun and Côté Terrasse (This last one has been renovated with a large dining room giving on the terrace)

Remind also that May and June are the best months for enjoying Provençal flowers in blossom. Daytime is longer and it is not too hot for hiking.

 

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Canada de Richard Ford

Parmi les romans de la rentrée littéraire 2013, j’ai aimé « Canada » de Richard Ford, traduit de l’américain.

Mes notes de lecture :

Les personnages en nombre limité, un huis clos.
Bev Parsons, le père, Neeva Kamper, la mère, Dell et Berner, les jumeaux.
Mildred, l’amie de Neeva et plus tard Charley et Arthur Remlinger
Le lieu, Great falls, petite ville du Montana, puis après la fuite au Canada, Fort Royal dans la province de Saskatchewan
Le narrateur est Dell qui avait 15 ans au moment de l’événement central du roman, le braquage d’une banque dans le Dakota du nord par ses parents. Il en fait le récit 50 ans plus tard.
L’époque 1960
Première partie jusqu’à p 236, la meilleure
Deuxième partie, jusqu’à p 445, Dell, sa fuite au Canada, sa rencontre avec C le métis et homme de main et A R, personnage mystérieux coupable d’un double meurtre sous les yeux de Dell.
Troisième partie, en accéléré et par petites touches, sa vie après ces événements, sa vie d’adulte, la mort de sa soeur jumelle.
Le récit, tout s’articule autour du braquage de la banque ou comment des gens normaux de la middle classe américaine basculent dans la délinquance, ce qui va complètement changer la vie de tous les membres de la famille.
Dans la peau de cet adolescent plutôt raisonnable, Dell décrit minutieusement le caractère de ses parents qui ne s’entendaient pas, leur parcours, les problèmes financiers de son père pris au piège dans un trafic de viande volée et comment ils ont été amenés à prendre cette décision si lourde de conséquences. Cette partie est remarquable, un récit fluide.
Il associe le lecteur à cette recherche d’indices, à partager ce regard lucide, cette analyse fine et plutôt distanciée.
La seconde partie est plus lourde, sa soeur est partie seule. Pour échapper à l’orphelinat après l’incarcération de ses parents, il accepte de suivre Mildred qui le conduit chez son frère Arthur, dans un coin perdu de la prairie canadienne où il tient un petit hôtel. Rencontre avec deux personnages un peu louches dont il partage la vie pendant deux mois. Ambiance glauque avec des échappées belles, la chasse aux oies sauvages sur les rives de la Saskatchewan. Solitude. A la recherche d’un père avec qui il pourrait jouer aux échecs, il est pris au piège et témoin d’un double meurtre. Second traumatisme violent dont il se relève encore, il ira étudier à Winnipeg et deviendra professeur.
Cette 2e partie donne lieu à un récit plus confus, Dell ne dénoncera pas le meurtrier et portera le poids de ce terrible secret.
La troisième partie est une sorte de bilan de sa vie. 50 ans plus tard, il se penche brièvement sur sa vie passée, évoque son mariage, sa vocation d’enseignant, ses retrouvailles brèves avec sa soeur qui, après une vie chaotique et plutôt misérable, se meurt d’un cancer. Là encore, il fait face avec courage mais le ton est plus amer. Il y a ce qu’il ne peut pas confier, il a aidé à enterrer les victimes tuées par A.

Sont abordés dans ce livre, les thèmes de la solitude, le basculement de la normalité vers la délinquance, le concept de résilience, rebondir, s’en sortir, aller de l’avant, chers aux Américains.
Dell, adulte, a pris la nationalité canadienne, des incursions aux states où il revisite les lieux des drames de l’enfance.
Sa conclusion est peut-être celle-ci,
« Ce que je sais, c’est qu’on a plus de chances dans la vie, plus de chances de survivre, quand on tolère bien la perte et le deuil et qu’on réussit à ne pas devenir cynique pour autant… »

 

 

 

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Patrimoine 2013 à Séguret

Lors de la Journée Européenne du Patrimoine 2013, Séverine Padiolleau revient à l’église de Séguret, apportant avec elle le tableau de Saint Just et Saint Pasteur, en cours de restauration , pour une conférence sur le travail accompli, étayée d’une projection d’images, les étapes illustrées de ce délicat travail.

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Séverine Padiolleau nous explique son travail

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L'auditoire lui a posé de nombreuses questions

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L'ensemble de l'assistance

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Avant même que cette conférence ne débute, tous les spectateurs présents dans l’église ne cachent pas leur surprise,  leur admiration et leur curiosité.

Surprise d’abord car d’emblée, apparaissent des différences notables avec l’image restaurée au 19e siècle vue l’an passé. Ambiance différente, les teintes sont plus claires, l’expression des visages a changé, l’habit de Saint Just est différent par sa forme et sa couleur. C’est l’image du 17e s, lacunaire, qui apparaît.

Admiration car SP a achevé la restauration d’une petite partie rectangulaire du tableau, le buste de St Just. L’image initiale est restituée. Quel miracle ! Il n’est que de comparer le tableau et la projection de l’image 19e s sur l’écran pour s’en convaincre. Carnation plus rose, délicatesse des boucles de la chevelure, fraise autour du cou, habit de couleur mauve, expression plus juvénile de la physionomie.

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Le tableau dans son état initial

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Le tableau après retrait des surpeints et masticage

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Le tableau tel que présenté lors de la journée du patrimoine.

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Curiosité. Comment est-on passé de l’un à l’autre ? Qu’en sera-t-il des multiples taches de mastic blanc couvrant les lacunes du tableau ? Comment pourra-t-on restituer, dans sa facture originelle, l’image, surtout dans la partie basse où les rares indices restants ouvrent la voie à plusieurs hypothèses.

SP va répondre à toutes ces questions … ou presque,  en reprenant pas à pas les étapes de ce minutieux travail lors de sa conférence en s’appuyant sur les images du diaporama. Le récit de ce cheminement, inconnu de la plupart des spectateurs,  ne sera pas la moindre des surprises.

Elle rappelle d’abord l’état initial du tableau
L’état du support est très dégradé.  Il  nécessitera un travail de consolidation sur le revers, l’état de la surface picturale est chaotique, il y a des pertes de matière, des repeints appliqués directement sur le support, des coulures de vernis… L’image recréée au 19e s a été appliquée sur une couche uniforme de couleur grise !!!

Rappelons brièvement l’histoire de ce tableau.
Réalisé au 17e s par un artiste anonyme, il fut restauré une première fois, de manière assez légère, au 18e s ( ?) puis restauré une seconde fois de manière beaucoup plus invasive au 19e s, peut-être au moment où il fut déplacé de la chapelle St Just à l’église St Denis de Séguret.
L’image du 19e s,  appliquée sur une couche uniformément grise, masquait  totalement l’image initiale du tableau qui n’apparaissait qu’à l’endroit des lacunes.

Les options de restauration
C’est au vu de cela, de minuscules fenêtres ouvertes sur l’image originelle, que SP conseillait plutôt de retirer l’image du 19e s et de restaurer l’image initiale du 17e s.
L’autre option, qui ne fut pas retenue, était de restaurer l’image du 19e s, sur un support en très mauvais état.

Cette intuition du diagnostic initial de SP se révéla confirmée par les sondages effectués en différents endroits du tableau et une observation à la loupe.
Le choix de cette option de revenir à la couche initiale présentait aussi le double avantage d’un meilleur aspect esthétique et la garantie d’une meilleure conservation, en particulier compte tenu du lieu d’accrochage, le mur humide de la chapelle St Just dans l’église.

Sur l’endroit…
Il fallait d’abord refixer la couche picturale en travaillant sur le support par le revers.
Pour travailler sur le revers, il fallait protéger la couche picturale (l’endroit) par du papier encollé à la colle chaude de lapin puis appliquer une seconde couche de papier, c’est le cartonnage.

Sur le revers…
On a pu ainsi travailler sur le revers, c’est à dire, dépoussiérer, retirer les pièces de toile qui avaient été grossièrement appliquées, retirer les enduits de céruse.
Le revers nettoyé on put appliquer de la colle chaude de lapin pour refixer la couche picturale. Brosse, fer à repasser et éponge sont les outils nécessaires à cette opération.
L’objectif est de rétablir une bonne planéité avant de poser une tarlatane de coton, cela en attente du rentoilage.

Sur l’endroit…
SP retourna alors le tableau pour travailler sur la couche picturale.  Il fallut d’abord décartonner. Le tableau apparut,  toile bien maintenue, permettant un travail sur la couche picturale.
Avant de retirer l’image du 19e s, il fallut procéder à des sondages, ouvrir des fenêtres de dégagement, pour confirmer l’hypothèse d’une image initiale existante !

SP ne cache pas son émotion lorsqu’elle découvrit l’image  initiale de St Just, déjà évoquée plus haut. Habit différent,  une plus grande subtilité dans le traitement des visages, expression et carnation.  L’image initiale était bien celle espérée, de meilleure qualité que le repeint !

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Un des deux anges (état initial)

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Un des deux anges (après décapage)

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Saint Pasteur (état initial)

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Saint Pasteur (après décapage)

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L’étape suivante, c’est le retrait des repeints
On voit sur l’écran SP, portant un masque et des lunettes, retirer précautionneusement les repeints en utilisant des solvants dissous dans un gel. Il faut pratiquer cette opération en surface sans altérer ni ramollir la couche qui est dessous.
On découvrit alors un tableau très lacunaire. Il fallut mastiquer pour combler les lacunes et planéifier, faire de minutieuses incrustations de toile correspondant aux lacunes.

Sur l’envers…
On retourna à nouveau le tableau pour le rentoilage.
La tarlatane demeurera pour faciliter si nécessaire un changement de toile plus tard.
On appliqua alors de la cire puis la toile, un fer à repasser a fait remonter la cire dont il ne reste aucune trace, le travail terminé.
Ainsi seront assurées une bonne rigidité et une résistance à l’humidité, objectif déjà évoqué.
La toile est montée sur châssis, des clés serviront à retendre le tableau si nécessaire.
Déjà, on peut le dire, l’aspect de l’envers  est un bel objet, le résultat d’un travail soigné avec de beaux matériaux naturels, la toile, le bois.

Sur l’endroit…
Le tableau est retourné une nouvelle fois, SP va pouvoir s’attacher à l’opération finale, les retouches !
D’abord, elle structure les mastics à l’aide du pinceau et du scalpel, minutieusement.
Ensuite, elle pratique les retouches, utilisant non pas des peintures mais des résines synthétiques dont les couleurs sont parfois obtenues à partir de pigments dilués.
L’avantage de ces résines est qu’elles peuvent être retirées en cas d’erreur et qu’elles se conservent relativement bien dans le temps.

Le rectangle déjà réalisé donne une idée de l’impression finale
que nous aurons lorsque le tableau sera terminé.
Ce qui frappe d’emblée c’est l’ambiance tout à fait différente, plus joyeuse avec des teintes claires déclinées dans de multiples nuances, l’expression très singulière des visages, celui de St Just mais aussi celui de l’ange en haut et à gauche du tableau, le travail des détails, les plis des vêtements, les ondulations de la chevelure, la subtilité des carnations. Cela contraste avec la sévérité, l’austérité de l’image du 19e s. La place des personnages est légèrement différente, le doigt de St Just est à sa place initiale, les maisons derrière les prisonniers apparaissent, elles étaient absentes de l’image du 19e s.

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Saint just (état initial)

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Saint Just (après décapage)

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Saint Just (après restauration)

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L’éthique du restaurateur
Pari d’ores et déjà réussi même s’il reste encore des défis à relever. Ainsi SP s’explique sur l’éthique du restaurateur. Une question lui fut posée à propos du bas du tableau,  énigmatique, dont le sujet représenté nous échappe encore. Fera-t-elle preuve d’imagination pour « inventer » ce qui manque.  Un tombeau ? Elle dénie formellement. C’est en progressant minutieusement en observant avec les lunettes loupes la continuité des lignes, des zones colorées, qu’elle découvrira ce qui n’apparaît pas pour le moment de l’image initiale.
Elle ajoute aussi peu après que certaines restaurations actuelles d’œuvres d’art laissent même  apparaître des « blancs » pour ne pas valider une interprétation hasardeuse.

Plaisir réciproque
Hier, lors de la Journée du Patrimoine 2013, le plaisir était partagé. Celui de SP de partager le travail passionnant qui est le sien, dans l’attente de nos réactions, le nôtre, spectateurs et auditeurs de cette conférence dont  l’émotion et  l’attention soutenue étaient palpables.
SP a témoigné lors de cet exposé de ses qualités pédagogiques de communicante mais aussi de ses qualités de rigueur, de patience dans l’exercice de son art et de l’émotion qu’elle éprouve quand elle rencontre, dans le cadre de son activité professionnelle, un travail valorisant, riche de découvertes, comme ce fut le cas pour le tableau de St Just et St Pasteur.
Un grand merci à elle pour avoir donner de son temps et nous avoir fait partager ses connaissances avec le support physique de ce tableau en cours de restauration qu’elle a pris la peine d’apporter pour la circonstance.

La formation du restaurateur aujourd’hui
Que pouvons-nous dire de plus objectif de ce travail de restaurateur ?

Séverine Padiolleau est conservateur-restaurateur d’œuvres peintes.
Elle est diplômée de l’ESAA.
Agréée Musées de France et Monuments historiques.

Elle est  titulaire d’une maîtrise d’Histoire de l’Art et a fait ses études de restauratrice, durant cinq années, dans l’une des trois écoles françaises qui préparent à ce diplôme, celle d’Avignon. Les deux autres sont à Paris.
Ce diplôme l’autorise aussi à travailler pour un musée.

La restauration autrefois
Beaucoup de chemin parcouru depuis les restaurations du 19e s (et avant) où celles-ci étaient plutôt réalisées par des « artistes » locaux voire des gens soucieux de restaurer une œuvre qui leur était chère, avec un projet parfois légèrement différent, bien loin de l’éthique professionnelle actuelle respectueuse de l’authenticité de l’œuvre initiale et de la préservation future, revenir éventuellement plus tard sur une restauration avec des moyens et des techniques plus avancés et qui restent à découvrir.

Assurer la pérennité du Patrimoine, le faire connaître à un public de plus en plus large et l’associer à sa sauvegarde.

C’est bien l’objectif  de cette

Journée Européenne du Patrimoine

 

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Albert Camus et Lourmarin

Je ne voulais pas manquer l’exposition consacrée à Albert Camus, à l’occasion du centenaire de sa naissance, dans les salles du château de Lourmarin.

Nous la devons à Hervé et Eva Valentin qui ont réuni et présenté avec brio de nombreux documents originaux, manuscrits des œuvres, photos, courriers échangés ( avec Sartre) , éditions originales dédicacées, de superbes volumes reliés, parfois illustrés. De nombreuses personnes ont contribué à la réussite de cette manifestation, la famille d’Albert Camus, les Editions Gallimard, des collectionneurs privés.
On peut peut-être déplorer qu’une manifestation nationale n’ait pas pris en charge cet événement.

Le catalogue de l’exposition qui s’intitule : « Albert Camus de Tipasa à Lourmarin » est très complet, riche d’illustrations, agréable à consulter.

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Affiche de l'exposition

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1ère page du manuscrit du "Premier Homme"

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Dédicace de "Noces" à René Char.

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Distribution de la première des "Justes".

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Il faisait très chaud à Lourmarin, jeudi dernier et c’est par cette température caniculaire que nous avons poussé la grille du cimetière de Lourmarin, un village que Camus affectionnait particulièrement, les montagnes du Luberon lui rappelant le Chenoua de sa terre natale.

Une sépulture émouvante par sa simplicité, un emplacement limité par de grosses pierres irrégulières sur lequel pousse un laurier rose. Devant, une plaque en pierre, gravée, entourée d’iris. Auprès de cette tombe une autre, en pierre, celle de Francine Camus son épouse. Comme d’autres cimetières de petits villages provençaux, c’est un lieu de paix et de méditation dans un cadre naturel somptueux.
On avait proposé que sa dépouille fût ramenée au Panthéon. Sa famille a refusé. C’est bien comprendre ce que Camus a toujours prôné, durant sa courte vie, modestie et humilité et c’est probablement la trace physique qu’il aurait souhaité laisser.
Lui qui, dans « Le premier homme » est allé à la recherche de son père, mort aussi prématurément, sans laisser de traces.
« Les pauvres n’ont pas d’histoire » constate-t-il amèrement dans les premières pages de cet ouvrage.

Nous en avons profité pour visiter le château de Lourmarin, entièrement meublé, datant du XVIe siècle et qui après de nombreuses péripéties a été restauré comme il était en 1526 par Robert Laurent-Vibert en 1920. Il est aujourd’hui le siège d’une Fondation culturelle.

Une architecture Renaissance avec une variante intéressante, une loggia et des galeries à l’italienne très gracieuses. Il faut dire que ce sont des Vaudois, réfugiés dans le Luberon, qui l’ont construit. Originaires du Piémont, ils ont fait prospérer par leur travail et l’importation de leur savoir-faire cette région du Luberon. Jusqu’à ce qu’ils soient exterminés, taxés d’hérétiques, comme ceux de villages voisins, sur ordre de François 1er, en 1545. 3000 victimes en 5 jours, 670 hommes envoyés aux galères, leurs biens confisqués ou pillés.

De quoi réfléchir aujourd’hui. A rapprocher d’autres violences perpétrées en Syrie, par intolérance ou pour satisfaire à un extrémisme religieux ou communautaire qui en exclut toujours quelques uns. Franchement avons-nous, Occidentaux, des leçons à donner, des «punitions» à distribuer. N’est-ce pas plutôt le Pape François qui a raison en prêchant la paix et la tolérance ? Ne vaudrait-il pas mieux s’installer autour d’une table de négociation, mettre tout en œuvre pour cela, au lieu d’ajouter de la violence à la violence?

A propos de tolérance justement, on a reproché à Albert Camus de ne pas prendre parti dans le conflit franco-algérien, lui qui était attaché à ces deux communautés…
En 1942, c’est au Chambon sur Lignon, dans le Massif Central, un endroit où de nombreux enfants juifs ont été recueillis par de courageuses familles et sauvés, qu’il commença d’écrire « La peste ». Est-ce ce lieu de réclusion qui l’inspira ?
Ceux qui ont accompli ces actes de bravoure, qu’ils ne revendiquent pas comme tels d’ailleurs, risquaient la mort pendant la guerre, on les célébra, la paix revenue, ce sont les JUSTES.
Il est bien difficile d’être pacifiste !

 

 

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Gastronomie à Séguret et dans les environs

Pour nos hôtes futurs, j’ai envie de faire part de nos expériences personnelles récentes et de celles des premiers hôtes de la saison.

Côté pile, nous avons été déçus par « LE BATELEUR » à Vaison, un restaurant que nous avions beaucoup aimé du temps de l’ancien propriétaire.
Nous nous sommes vus refuser un changement de dessert sur un menu sur lequel on ne proposait qu’un seul dessert.
A noter que la différence de prix entre les deux desserts, qui figuraient aussi à la carte, n’était que de 1 €.
A noter aussi que l’accueil n’était ni chaleureux, ni aimable et que la salle était presque vide.

Côté face, nous avons finalement déjeuné au BISTRO PREFACE à Roaix.
Nous y avons passé un excellent moment, y avons été fort bien accueillis et fort bien servis. C’était un original menu de tapas avec une qualité de produits et une richesse de saveurs commune au GRAND PRE et au BISTRO PREFACE.
A noter qu’il y régnait une joyeuse animation et que la salle était pleine.

Côté face encore, nous avons récemment déjeuné à L’OUSTALET à Gigondas.
Il s’agit là d’une grande gastronomie, des mets de grande qualité accompagnés d’un verre de vin en accord, un service attentif, agréable et efficace, une salle à la décoration sobre et élégante.
A noter que nous y avions fait une expérience décevante quelques années auparavant. Propriétaire et chef ont changé et nous nous en réjouissons.

A Séguret, les hôtes de ces dernières semaines ont aimé l’accueil et le bon rapport qualité/ prix de la restauration traditionnelle du restaurant COTE TERRASSE, dit encore Café des POTERNES.

Toujours à Séguret, et toujours selon nos hôtes, on apprécie les présentations très élaborées du MESCLUN, on regrette la petitesse des portions et l’absence d’un vrai plateau de fromages dans ce pays où fromages de chèvre et de brebis présentent une si grande variété.

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Livre Inter 2013, Alice Zéniter et Olivier Adam

J’ai participé cette année, après une interruption par lassitude et déception, au Jury Livre Inter 2013 « cuvée vaisonnaise ».
La sélection était intéressante. Pas de coup de cœur absolu mais j’ai voté sans hésitation.

En 1, Les lisières de Olivier Adam
En 2, Sombre dimanche de Alice Zéniter
En 3, Un notaire peu ordinaire de Yves Ravey

Rappelons que le choix national s’est porté sur Alice Zéniter, ainsi que celui du jury de Vaison.

Ce choix me paraît tout à fait justifié. L’ouvrage d’Alice Zéniter, la vie d’une famille hongroise à Budapest évoquée sur plusieurs générations, dans « la petite maison au bord des rails », l’histoire de cette famille où les événements de la grande Histoire, avant et après la domination soviétique, sont intimement mêlés. Une sorte de malédiction liée à un secret de famille pèse sur les femmes qui s’enfuient ou meurent prématurément de tristesse ou par suicide. L’âme hongroise et cette légendaire mélancolie sont si bien restituées que certaines personnes participant au débat à Vaison pensaient qu’Alice Zéniter était d’origine hongroise ! Une fiction bien documentée, un roman bien construit, laissant une part égale aux événements familiaux et aux événements historiques, sociaux et politiques qui lui tiennent lieu de cadre et une belle écriture en rendent la lecture agréable en dépit de cette chape de plomb qui submerge au fil de la lecture.

Pourtant J’ai préféré Les lisières de Olivier Adam.

Souvent quand je lis un bouquin, je me demande si l’auteur avait vraiment quelque chose à dire, si cela en valait la peine. Certains ouvrages, celui d’Alice Zéniter en est un exemple, sont de belles constructions intellectuelles, littéraires. Je préfère ceux dans lesquels l’auteur s’implique, utilise la puissance de l’écriture, du style, ses capacités littéraires pour « dire », (s’) exprimer, à travers la fiction et les artifices littéraires.
On pourrait dire cela autrement, que le fond soit perceptible sous la forme.

Tant d’ouvrages d’auteurs français traitent aujourd’hui de sujets assez futiles, empruntés à la vie quotidienne, répondant aux préoccupations immédiates de notre société, « l’ici et maintenant » rabâché à satiété.

Pourtant Olivier Adam traite aussi de ces sujets, amour et désamour, divorce et séparation, conflits liés à l’appartenance à des milieux sociaux ou professionnels différents.
Dans ce roman à la fois fiction et autobiographie, Olivier Adam met beaucoup de lui-même dans le personnage de l’écrivain Paul Steiner. Ce sont cette sincérité et cette lucidité qui émeuvent. Le titre m’a fait beaucoup gamberger. « Les lisières », n’est-ce pas cela justement la position de l’écrivain, celle de l’observateur distancié, le regard qu’il porte sur sa propre vie présente et passée, sur les événements qui ont fait de lui ce qu’il est aujourd’hui, en quête de son identité. Cette recherche pathétique et réaliste amène ainsi le narrateur à mettre à jour un secret de famille depuis longtemps pressenti.

Cette quête exigeante d’identité entre enracinement et déracinement, attachement à des milieux très différents et détachement, me fait penser à un autre livre, un essai :

« La nostalgie » de Barbara Cassin dont le sous-titre est « Quand donc est-on chez soi ? »

Celui-ci traite justement de manière philosophique, avec des références à l’antiquité et ses grands mythes, de ce même sujet. Le voyage d’Ulysse aurait donc quelque lien avec les errements de Paul Steiner pour qui le Japon est l’aboutissement ou une étape de plus de ce voyage à travers lui-même ?

Ceci est porté par une grande sensibilité dont l’écriture fluide et souple épouse les multiples méandres.

J’avais aimé « Le cœur régulier », paru récemment, du même auteur. J’ai préféré celui-ci, plus abouti, plus mature.

A lire, pour la sincérité et la probité de cette recherche qui rendent ce roman touchant et vrai.

 

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La Battue aux sangliers

Soleil d’hiver, température douce, sentiers encore boueux des dernières pluies.

Nous garons notre voiture à Royère Sourde, tout près de la cabane des chasseurs.
Il ne nous a pas échappé qu’un panneau indique, en rouge, « battue en cours de gros gibier» mais… nous avons projeté de suivre le chemin de Séguret au Crestet jusqu’au domaine de La Verrière. Chemin large, bien empierré, bordé d’une zone déboisée de part et d’autre pour répondre aux normes de débroussaillage en vigueur et par conséquent bien ensoleillé et dégagé.
Nous rencontrons à distance régulière (150, 200m ?) des « postiers » juchés sur de rustiques estrades en bois brut, fort jolies ma foi, dans le paysage forestier. Ils portent des gilets colorés de sécurité. Fusil pointé vers le bas, ils scrutent l’horizon. Comme nous l’avons déjà fait plusieurs fois auparavant, nous les saluons et engageons la conversation avec certains d’entre eux.
Pas d’action en vue pour le moment, un signe pour nous dire que les sangliers sont repartis là-bas, de l’autre côté des collines, les aboiements des chiens sont assourdis.

« Ils s’amènent »
C’est l’avertissement lancé depuis sa voiture par un chasseur qui joue le rôle d’estafette.

Ils vont débouler d’un instant à l’autre, poursuivis par les chiens conduits par les « piqueurs », traverser probablement le chemin…
Je ne suis pas très rassurée après avoir entendu le récit de l’un des postiers. Un chasseur de Rasteau a été blessé assez gravement la semaine dernière. Il cherchait dans les fourrés le sanglier qu’il avait blessé. Celui-ci a chargé. Acculé contre un arbre et surpris, il n’a pas pu échapper à la charge de l’animal qui l’a blessé aux cuisses.
Hum ! Sanglier blessé, qui peut traverser le chemin, qui peut charger s’il rencontre quelqu’un qui fait obstacle à sa fuite… Nous poursuivons notre marche vers La Verrière.
C’est à plusieurs centaines de mètres de là, en train de contempler ce magnifique domaine restauré, ses terrasses d’oliviers, ses façades blanches, ses jardins, son plan d’eau, son arbre bleu, symbole de la demeure, que nous entendons d’abord les longues plaintes des chiens puis leurs aboiements brefs, plus excités.

Trois coups de feu, puissants, prolongés par l’écho, trouent brutalement le silence. Ces coups ont été tirés à la carabine avec du gros calibre.
A-t-on vraiment tué un sanglier ?
Nous rebroussons chemin en direction de Séguret. Le premier « postier » que nous rencontrons (sur le territoire de chasse, c’est à dire sur la commune de Séguret) nous informe. Ces coups de feu ont été tirés par son voisin « postier ».
Celui-ci, tout en décrivant des cercles autour de son poste, les yeux scrutant le sol, nous explique, dépité, qu’il cherche des traces de sang prouvant que le sanglier qu’il visait a été touché.
« Il était là, il s’est arrêté, puis il est reparti » Il avait bien traversé le chemin mais pas à l’endroit où on l’attendait. Blessé peut-être, il s’est précipité dans les fourrés de l’autre côté du chemin.

Plus bas, un autre postier, que nous informons du tir du précédent, nous montre un sentier, à moitié dissimulé par les épais fourrés, d’où plusieurs sangliers ont déboulé, poussés par les chiens. Personne n’a pu les atteindre.
Cette direction, ce sentier, c’est là qu’à la montée, nous avons vu sortir, tranquillement, deux dames probablement étrangères qui faisaient leur promenade vespérale. Nous les verrons encore ces deux dames, reprendre le même sentier sans la moindre inquiétude. Un flegme tout britannique ! Notre brave interlocuteur s’en émeut tout de même en disant qu’il serait préférable de porter de porter un gilet fluo pour signaler sa présence, « le risque zéro n’existe pas ».

C’est avec ce sympathique chasseur que nous poursuivons l’entretien. Tout en ôtant et remettant sa casquette plusieurs fois, il répond aimablement à nos questions et partage un peu ce plaisir de chasser. Il a à peu près notre âge « être piqueur, c’est bon pour les jeunes ». Il connaît une jeune femme « piqueur » dont il loue l’audace « elle surgit des fourrés comme un diable ! » Dans le rôle de « postier », il faut de la patience. Des heures à scruter l’horizon, à écouter sans être sûr de voir un sanglier et encore moins d’en tirer un. Il faut aussi que les sangliers aient la bonne grâce de rester sur le territoire de chasse, de ne pas s’échapper sur les communes voisines de Gigondas ou du Crestet. Pourtant c’est avec pudeur qu’il exprime son plaisir d’être là au milieu de cette nature si belle à l’automne, respectueux de sa participation à la battue.

Trop de sangliers ? Comme on le dit à la télévision. « Non, pas vraiment, ça dépend des années. Du côté de Pernes, ils font des dégâts dans les cultures… » On devine qu’une longue pratique de la chasse et une sagesse liée à l’âge alimentent ce scepticisme.
Quand on l’interroge sur l’heure de clôture de la chasse, il est encore plus évasif,
«Tant qu’il fait jour »…  Et puis parfois, ajoute-t-il d’un air gourmand « quelque fois, ça se termine tard » quand le sanglier est tué en fin d’après-midi et qu’il faut ajouter le temps du dépeçage, ou bien récupérer les chiens égarés.
Cela me fait penser au concept du temps pour les Napolitains à qui il est inutile de demander le temps nécessaire pour relier un point à un autre, cette question est totalement incongrue ! Je pense aussi à l’horloge du beffroi de Séguret qui n’a qu’une seule aiguille pour indiquer l’heure. Une précision plus grande était-elle utile aux tâches agricoles ?
De quoi relativiser le temps qui tient actuellement une si grande place dans notre quotidien.

D’un autre postier, nous avons appris des informations sur les armes utilisées, carabine ou fusil, sur les munitions, toujours de gros calibres pour le sanglier, des balles longues tirées d’une poche du gilet en sont la preuve, sur la portée du tir, sur la nécessité de tirer vers le bas et non à l’horizontale.
Ces hommes qui ont envie de partager leur expérience sont si différents de celui rencontré dans le Ventoux,  sur la route de la Forêt de Cèdres, qui nous a chassés presque à la pointe de son fusil, agressif et vindicatif. Cela m’a réconciliée avec les chasseurs en général.

Les derniers rayons du soleil envoient un grand coup de projecteur qui avive le vert des pins d’Alep, rehausse l’or des érables et des acacias … avant que tout s’éteigne, dans le silence  et l’ambiance bleutée d’une fin d’après-midi.
Sur le chemin du retour, je pense aux chasseurs rencontrés. De ceux-ci émane plutôt une certaine philosophie née d’un long commerce avec la nature, les animaux, de la répétition de gestes ancestraux qui rassure.
La chasse, un loisir mais aussi une activité codifiée et de ce fait sociale et socialisante.

Cela me rapproche un peu des chasseurs de ma famille, mon grand-père, mon frère.

 

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28 octobre 2012 – Neige précoce à Séguret

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Octobre improbable. Après les trombes d'eau du début du mois, la neige sur le "jardin gris" de Bernard.

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Surprise à l'aube de ce dimanche matin. La neige attendue dans l'Isère est descendue jusqu'à nous. Une façon comme une autre de célébrer le changement d'heure. Les lianes de la vigne qui étreignent le laurier-tin commencent seulement à briller de leurs feux d'automne.

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Les succulentes, qui n'ont pas encore réintégré leur résidence hivernale, exposent fièrement leur parure de pompons blancs.

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Effet de pointillisme sur les arbres de la colline.

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Vendanges tardives à Séguret ? Gouttes de raisin, de lumière et de neige illuminent la vigne. Encore parée de ses verts atours.

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Sur le blanc de blanc du ciel.

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Les feuilles de mûrier, qui depuis des mois nous protègent bravement de l'ardeur du soleil, rencontrent l'air froid. Tout droit venu des lointaines contrées polaires par le couloir du Rhône.

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Perles de neige sur le hallier où feuilles de vigne, de laurier-tin et d'érable, unies pour la vie, s'entremêlent gracieusement.

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Les olives Verdale, minuscules tout cet été de sécheresse et de canicule, grossissent enfin, faisant espérer une belle récolte. Après la neige !

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Le citronnier parviendra-t-il à faire mûrir ses fruits avant l'hibernation ? Quelques jours auparavant, avec une température de 20°, s'épanouissaient encore de délicates fleurs blanches à macules violettes. Qui se trompe de saison ?

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Les fleurs de cyclamen de la "fenêtre florentine" retrouvent toute leur vigueur après avoir souffert de l'exposition plein sud et du soleil encore chaud des jours précédents.

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Tuiles sous la neige, Lou Magnou, l'ancienne filature de Séguret, de l'autre côté de la rue.

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"Lou Magnou"

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Les lavandes font le gros dos sous la neige. Quoi ? Déjà ?

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Trou soufflant et arbres reliques

Dimanche 9 septembre, il fait encore très chaud à Séguret, près de 30°. Nous décidons d’aller marcher dans le Ventoux pour nous rafraîchir et faire un peu d’exercice. Nous laissons la voiture au bout de la station du Mont Serein et prenons la direction du GR9, vers la Combe de Fontfiole.

Trop de monde pensons-nous pour voir des chamois !

La température n’est plus que de 20°, une belle lumière de fin d’après-midi et juste une petite brise. Se succèdent les délicieux passages en sous-bois, à flanc de pente, et des traversées de pierriers un peu plus délicats, quand on aborde la Combe de Fontfiole et son impressionnant cirque de pierres blanches. Où sont les chamois dans cette immensité aveuglante ? Au-dessus, cachés dans les chaos de rochers en direction du col des Tempêtes ou au-dessous dans les bosquets qui apportent un peu d’ombrage ? Au fur et à mesure que nous avançons, la fréquentation se raréfie, un silence opaque occupe tout l’espace, quelle paix ! A nos pieds la vallée du Toulourenc sinue, les petits villages miniaturisés par la distance l’animent, comme Brantes…

Nous avons envie de poursuivre un peu plus loin, on nous a parlé de ce mystérieux « Trou soufflant » qui s’ouvre à quelques combes de là et qui souffle en toutes saisons, dit-on, un air glacial issu du ventre du Ventoux, de l’air qui proviendrait du versant sud…

Un homme est assis au bord du chemin, avec son chien qui lui aurait bien envie de bouger. Je lui demande si par hasard il connaîtrait l’emplacement du « Trou soufflant ».
Il désigne, en souriant, un trou dans les rochers juste au-dessus et dit que justement il attend des…
Tout à coup, s’échappent, comme par magie, de cette fente que nous fixons du regard, un gros chien d’abord, type dogue allemand et trois hommes que le chien, celui qui était assis au bord du chemin, accueille bruyamment.
Un peu éblouis par le retour en pleine lumière et tout en retirant leur combinaison un peu poussiéreuse et leur casque à lampe frontale, ils racontent leur expédition au fond de la Grotte du Vent, car tel est son autre nom.
Ils ont mis trois heures à faire l’aller et retour, sans se presser. La température intérieure est de 8°, quel contraste avec la température ambiante. Dedans ils n’ont pas vu d’écoulement d’eau. Des passages étroits, parfois pas plus de 30cm de hauteur, alternent avec de véritables salles. A l’aller, on descend, en fait il y a 140m de dénivelé entre l’entrée de la grotte et le bout, trop étroit pour communiquer avec l’extérieur. L’un d’eux raconte aussi que le vent, qui souffle par endroits à près de 100km par heure, siffle à en faire mal aux oreilles.

Comme c’est étrange d’imaginer ce monde caché à l’intérieur du Ventoux, si proche et si lointain ! Nous ne tenterons pas, seuls, une aventure spéléologique mais nous allons jusqu’à l’entrée, nullement signalée, à peine par un léger piétinement, bien dissimulée par des plaques de rochers dressées verticalement et presque invisibles du chemin. Il y souffle effectivement un vent glacial semblable à la ventilation d’un climatiseur réglé sur une très basse température.
Lors du retour, nous en parlons avec d’autres personnes. L’une d’elles en connaissait l’existence signalée par son guide lors d’une randonnée dans le Ventoux pour assister au lever du soleil.

Au retour, nous sommes davantage attentifs à ces vieux arbres signalés à l’entrée de la Combe par des panneaux informatifs. Des pins sylvestres et des hêtres, dits arbres reliques, très anciens, vestiges protégés de la Forêt Primaire du Ventoux.
Ils ont survécu au déboisement quasi total des pentes du Ventoux, au 18e et 19e siècles. Ce déboisement avait pour objectifs de faire pâturer les troupeaux et d’exploiter la forêt pour fournir le bois de chauffage pour les besoins domestiques et industriels.
A la fin du 19e siècle, on s’inquiéta de ce déboisement massif et des risques accrus d’érosion et d’avalanches. On replanta, des essences différentes.
Ceux qui subsistent ont des formes tourmentées, très étonnantes. Ils sont protégés pour survivre le plus longtemps possible.

« Houppier très branchu, tronc difforme… ce hêtre sénescent (au tronc de 5m de circonférence) montre un port noueux plus élancé… »
Ainsi sont-ils décrits dans « Arbres remarquables de Vaucluse » d’ Olivier Bricaud (Edition du Toulourenc).
On y voit aussi de très belles photos de ces arbres aux formes fantasmagoriques.

Nous n’avons pas pu nous empêcher de fantasmer nous aussi en regardant ce vieux hêtre mort ( ?) encore debout, dont le tronc creux abrite un plus jeune tronc, évoquant une forme humaine, bras tendus et mains nouées au-dessus de la tête. L’élégance de cette silhouette dans sa niche, sculpture de sylphide, blanche nudité qui tranche sur l’environnement végétal, nous a fait rêver.

Et au retour, nous voyons tout de même des chamois, tout en bas de la Combe de Fontfiole, gambadant d’un bosquet à l’autre, une petite dizaine. A l’heure où les touristes s’éclipsent de la scène, les chamois font leur entrée, dûment attendus par des photographes persévérants, sur le chemin, à bonne distance de ces gracieux et agiles caprins.

 

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Un mets typiquement provençal : les poivrons marinés

Il faut de gros poivrons rouges. Les meilleurs bien sûr sont ceux de l’été, mûris à point.
Choisissez-les de forme un peu parallélépipédique, ils seront plus faciles à retourner pour présenter leurs quatre faces sous le gril.

Le plus facile est de les griller au four (puissance 2 pour le gril). Placez un plat dessous pour recueillir le jus abondant lors de la cuisson.

Laissez la peau se boursoufler, voire noircir, partout puis sortez-les du four avec une pince à barbecue et déposez-les dans un sac en plastique alimentaire (qui résiste bien à la chaleur), fermez le sac et laissez refroidir et se condenser pendant une demi heure au moins.

Pendant ce temps, versez dans une tasse un peu d’huile d’olive dans laquelle vous plongerez de l’ail pressé et des feuilles de basilic, pour l’aromatiser.

Avec des gants, sur la planche à découper, sortez les poivrons un à un du sac, retirez la peau qui se détache facilement sans l’ouvrir. Coupez le pédoncule qui porte les graines, faites une incision tout du long pour l’ouvrir complètement et découpez des lanières que vous déposerez dans une terrine ou un récipient en verre. Salez, poivrez chaque couche de lanières et versez dessus quelques cuillères d’huile d’olive aromatisée.

Couvrez et laissez macérer, jusqu’au lendemain ou même durant plusieurs jours, dans le réfrigérateur.

Les poivrons auront été débarrassés d’une partie de leur eau, ne les lavez pas, le liquide onctueux qui reste leur donnera du moelleux.

Vous les servirez en hors d’œuvre sur une assiette, en jouant sur les couleurs des lanières du rouge au vert brun, rendues plus brillantes par l’huile d’olive. Vous pourrez retirer ail et feuilles de basilic ayant servi à la macération, ajouter un jus de citron et des feuilles fraîches de basilic, une goutte d’huile d’olive si c’est nécessaire. Il est possible aussi d’ajouter quelques filets d’anchois parmi les lanières de poivron.

Pour ma part, je préfère savourer les poivrons nature, les anchois, que j’adore par ailleurs, écrasent un peu les parfums plus subtils du poivron et du basilic.

C’est un vrai régal des sens. Après avoir embaumé la cuisine de leur parfum pendant la préparation, vous apprécierez en bouche cette texture inimitable, juteuse, onctueuse et douce. Sans compter que vous serez séduits par ce duo tonique et si appétissant de couleurs italiennes.


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