Le Ventoux dans tous ses états

Hier soir, 18 h, nous quittons la maison pour une balade en voiture, pour oublier le stress des travaux sur la façade.

Le but est à deviner. Est-ce que ce sera le Tour des Dentelles par Suzette ou bien la vallée des cerisiers vers Beaumont du Ventoux ? Non.

Après Malaucène nous prenons la direction du Ventoux pour profiter d’un reste de jour sur les hauteurs. La journée a été splendide, du soleil comme en plein été, un ciel dégagé. En amorçant la montée au niveau du Grozeau, la température extérieure est de 17°.

Le crépuscule déjà ! Retrouverons-nous un peu de lumière plus haut ? Les arbres défilent de chaque côté, des charmes au feuillage jaune d’or qui émergent de la pénombre puis des pins dont les troncs violets filtrent une vapeur bleuâtre. Et puis tout à coup, une étrange lumière diffuse nous enveloppe, issue d’un horizon qui s’élargit découvrant en contrebas une mer de collines bleues flottant dans une brume légère. Du bleu mais aussi une lumière dorée qui s’accroche au rochers qui longent la route ou aux feuillages les plus clairs.

Après la station du Mont Serein, au détour d’un virage, le Ventoux apparaît soudain, énorme, superbe, d’une netteté incontournable. Il occupe définitivement la scène, le casse blanc, doré, ciselé dégage une ambiance lunaire tandis que l’index dressé, impérieux qui le surmonte, désigne quoi au juste, dans ce ciel velouté, crépusculaire ?

Au sommet où nous descendons de la voiture, un peu de vent nous surprend mais la température est exceptionnelle, 13°, la différence habituelle entre la base et le sommet de 10° ne se vérifie pas. Nous sommes tout à fait seuls : espace et silence. Des constellations de lumières scintillantes signalent les lieux habités que nous n’avons pas le temps d’identifier sur une carte, Brantes ? Orange ?.Il faut emmagasiner des sensations uniques. Le Ventoux comme on ne l’a jamais vu ou plutôt ressenti. Le temps est suspendu, étrange, insolite, mystérieux.

Nous nous engageons dans la descente, au ralenti, à l’unisson de cette atmosphère feutrée et je me demande, tant cette lumière fait penser à des éclairages de films, quelle musique pourrait accompagner cette séquence-là., Dvorak ou Debussy ? Tout à l’heure dans la montée, j’évoquais la montée dans cet hôtel isolé des Rocheuses, les premières images du film Shining de Kubrick et son inquiétante musique.

Non, ici il faudrait une musique plutôt décalée, qui étonne, qui interroge mais aussi qui berce et apaise.

Il est près de 20h. Le retour par Bédoin, Modène, Caromb et Beaumes de Venise nous ramène dans un espace connu, à la tombée de la nuit, des images fugaces et familières de lieux que nous aimons voir et revoir. Comme la dentelle de fer du campanile de l’église de Modène dans la lumière violette d’un projecteur…

Mais le charme de cette visite crépusculaire au Géant de Provence est rompu.

Il reste pourtant imprimé en nous comme une expérience originale et brève.

Il y a tant à découvrir de ce lieu mythique.

 

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