Le Flacon aux lentilles

Au départ, le flacon.

Une carafe ancienne extraite du grenier familial. De belles proportions, sertie d’étain, bien en main, un col aux lignes adoucies, légèrement asymétrique, faite de ce verre épais et bullé des verres « bistrot » d’autrefois. Un long pas de vis, au niveau du sertissage, permettait de l’ouvrir et d’y mettre des glaçons avant de la remplir d’eau mais le manque d’étanchéité ne permet plus aujourd’hui d’en faire cet usage.

Alors que faire de ce bel objet ?

Brusquement une autre image s’est superposée à celle-ci. Celle des petits pots de blé germé qui décorent traditionnellement la table du « gros souper » à Noël. Ce blé que l’on met à germer à la Ste Barbe, celui que mes petits enfants arrosaient et regardaient grandir, lors d’un séjour à Séguret à Noël, avant de nouer autour de ses tiges un festif ruban rouge. Une année, à défaut de blé, j’avais semé des lentilles.

A l’arrivée, des lentilles donc.

Soigneusement rangées sur un fond de terre à cactées, arrosées puis oubliées.

Pas vraiment oubliées d’ailleurs car si le cycle de l’eau se fait tout seul (arrosage, évaporation, condensation qui humidifie la terre à nouveau), une part de la réussite vient du fait qu’on les regarde grandir avec amour, déplaçant le flacon, le rapprochant de la lumière, l’exposant au soleil, le tournant, comme on le fait pour « les Cerises au Soleil », encore une spécialité bien provençale sur laquelle il faudra que je m’explique.

La grâce de ces tiges fragiles surmontées de ces petites feuilles délicates fascine. On se surprend à les regarder sans cesse comme les poissons d’un aquarium. Un lacis de radicelles s’insinue dans la terre pour finalement prendre toute la place. Des petites gouttelettes d’eau animent les parois du verre.

Le flacon aux lentilles est bien vivant, transfiguré, né de l’alliance heureuse d’un minéral, le verre, et d’un végétal, ce bouquet de lentilles en croissance.

Et c’est là qu’il faut choisir le meilleur moment pour faire la photo… en pleine apogée, avant que les tiges ne dépérissent, ce qui arrive nécessairement un peu plus tard. Alors, les racines jaunissent, la condensation ne se forme plus sur les parois et les feuilles se fanent.

Comme le blé de la Ste Barbe que l’on essaie de garder encore quelques jours après Noël.

 

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