Banon et la Montagne de Lure

Lundi 9 mai, nous quittons Séguret pour aller à Banon, dans les Alpes de Haute Provence.
Nous passons par Vaison, Entrechaux, la vallée du Toulourenc, Aurel et Sault.
De Sault, nous prenons la direction de St Trinit, qui est juste aux confins de 3 départements : Le Vaucluse, la Drôme et les Alpes de Haute Provence.
A noter que St Trinit est proche du plateau de Ferrassières où les champs de lavande sont en pleine floraison en juillet. A ne pas manquer !
Nous gagnons Revest-du-Bion puis Banon.
1h jusqu’à Sault
1h 40 jusqu’à Banon

Librairie le Bleuet à Banon

A Banon, nous ne manquons pas de faire une brève visite à la fameuse librairie : Le Bleuet, où les Giono sont en bonne place (pendant que les pizzas sont en préparation, à la brasserie du village).
(Voir : http://panoramas.over-blog.fr/article-librairie-le-bleuet-banon-61960709.html )

Le site de la librairie : de vieilles maisons de village réunies, avec un bleuet géant peint sur la façade, des salles en enfilade, à l’étage encore d’autres salles, un lieu paisible, un temple du livre.
Une profusion de bouquins sur tous les thèmes, de quoi satisfaire les plus exigeants ! C’est ouvert de 9h à 19h.
Tout à fait étonnant dans ce si petit village. Une anti-FNAC où je me promets de retourner pour y passer plus de temps.

Notre projet étant de grimper sur la Montagne de Lure, nous revenons en arrière de quelques kilomètres pour prendre, à l’entrée de Banon la direction de Contadour.
Nous suivons cette route sur 8 km environ, jusqu’au bout de la route goudronnée.
Nous laissons la voiture à Tinette pour suivre à pied le GR de pays « Tour de la Montagne de Lure », balisé d’une marque rouge et jaune.
Sur la route, des lilas géants, des murs de verdure surchargés de somptueuses grappes violettes et odorantes. Aurait-on fait un concours de lilas dans les fermes qui jalonnent la route ?

Nous marchons, tantôt sur le chemin, tantôt dans l’herbe si douce et déjà haute du printemps. Cette herbe qui n’a pas encore été foulée par les marcheurs, ni pâturée par les troupeaux de l’été. Le paysage s’élargit, des pelouses alpines à perte de vue mais le sommet de la Montagne de Lure est encore bien caché.

Extrait :
« En avril 1935, il (Giono) publie Que ma joie demeure qui connaît un grand succès, particulièrement auprès de la jeunesse. Ce titre est une allusion explicite à la cantate de Jean-Sébastien Bach, Jésus que ma joie demeure, par laquelle il souhaitait exprimer sa foi en une communauté des hommes, par-delà les religions (cf.la préface des Vraies Richesses). Giono et quelques amis, bloqués accidentellement dans le hameau du Contadour lors d’une randonnée sur la montagne de Lure, décident, subjugués par la beauté des lieux, de s’y retrouver régulièrement : ainsi naissent les Rencontres du Contadour. C’est l’époque de la publication de l’essai Les Vraies Richesses, dédié aux habitants du Contadour. »
(In Jean Giono, Wikipédia)

Voir aussi : http://www.dossierfamilial.com/loisirs/voyages/dans-les-pas-de-giono-la-montagne-de-lure,5812

Nous découvrons une magnifique bergerie ancienne en pierre sèche qui a été restaurée dans les règles de l’art et qui est maintenant classée « monument historique ».
Basse, trapue, si belle dans ce paysage désert, épuré. A l’intérieur du bâtiment principal en longère, une succession de 4 arcs, jointoyés au mortier, scande l’espace, entre ces arcs, des coupoles de pierres sont assemblées sans mortier. Une structure traditionnelle que nous retrouverons dans d’autres bergeries.
C’est le Jas des Terres du Roux.

De près, de loin, cet édifice émerveille. Rien d’autre que cette harmonie faite de la rencontre de deux matières, végétale et minérale : l’herbe de la pelouse alpine et la pierre plate arrachée à la terre, la rencontre aussi du geste ancestral qui assembla patiemment, pour le plaisir de l’œil et d’abord pour la protection du troupeau, des tonnes de pierres.

Nous en verrons d’autres sur le chemin, comme celles du Jas des agneaux ou celle des Fraches, sculptures hiératiques, ruines émouvantes, qui font rêver à leur vie passée.
Cela me fait penser à un merveilleux bouquin Elias Portolu écrit par une romancière italienne, Grazia Deledda, dans les années 1900 dont l’histoire se situe en Sardaigne et qui suggère si merveilleusement la vie pastorale, la solitude du berger, la sagesse et la folie de ces hommes, exacerbée par les rudes conditions de vie, histoire qui aurait pu aussi bien prendre place sur la Montagne de Lure.

Ce qui surprend et fascine dans ce paysage, c’est la prédominance de la ligne courbe. Aucune arête dans l’assemblage des pierres, les courbes douces de la construction épousant l’épaulement de la colline. On imagine encore les échines rondes et laineuses des moutons, la large cape du berge flottant au vent, son profond parapluie noir, ou encore la ronde des chiens resserrant le troupeau, les taches oblongues et colorées des fleurs naines qui parsèment la pelouse alpine.


Tout ici suggère la paix et l’harmonie, rien ne blesse le regard.

Il faut aussi parler des fleurs. Nous regardons où nous posons les pieds pour ne pas écraser les délicates orchidées, orchis de Provence, jaunes, orchis pyramidales blanches ou pourpres, les narcisses sauvages, une multitude de coucous, de gros chardons, comme des soleils, au ras du sol.

Nous finissons par atteindre les crêtes, au-dessus du village de Montfroc, à l’horizon, le Ventoux mais le sommet pointu de la Montagne de Lure est encore loin. Il faudrait quelques heures de plus pour l’atteindre.

Sur la montagne de Lure. Au loin le Ventoux

Le temps de faire quelques photos, de s’allonger dans l’herbe, yeux fermés, pour souffler mais surtout pour goûter à ce matelas d’herbe tendre, écouter le vent, respirer le parfum des narcisses. Quelle qualité de silence ! Voilà la saison idéale pour faire cette randonnée.

Ruines du Jas des Fraches

Nous revenons jusqu’à Tinette par le Jas des agneaux et Les Fraches, en silence, dispersés, ravis, gavés de sensations que l’on partage sans les dire.
Trois heures et demie de marche facile entre 1200 et 1400m d’altitude environ, peu de dénivelé.
L’excursion peut se faire aisément dans la journée, en prévoyant un arrêt à Banon pour déjeuner sur la place du village ou bien encore en emportant son pique-nique (et en rapportant ses déchets bien sûr pour ne pas polluer ce lieu merveilleux).

Au retour, il est possible aussi de s’arrêter à Sault où l’on trouve à se restaurer simplement, au centre du village, sur les terrasses dominant les champs de lavande et d’épeautre de la vallée.

Lavandes près de Contadour

 

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