La Nuit des nouvelles

C’était hier, à Carpentras, à la Librairie de l’Horloge, proche de la tour éponyme. Françoise Bascou proposait une nouvelle Nuit des nouvelles.

La précédente avait eu lieu fin 2010, c’est à dire avant que je ne découvre cette superbe librairie. L’objectif était de présenter les recueils de nouvelles parus dans l’année. Dans chaque recueil, une nouvelle était choisie et lue par l’un des quatre lecteurs qui se relayaient : Eliette, Lucie, Louis et Françoise Bascou. Il était possible aussi de réserver un plateau repas à consommer lors d’une pause, au prix modique de 11€.

20 nouvelles étaient proposées avec la possibilité d’assister à 1, 2, 3 ou 4 séances séparées par des pauses. Nous en avons entendu 15 et n’avons pas pu, malheureusement rester jusqu’au bout, Bernard et moi, afin d’être fonctionnels pour nos hôtes, ce matin.

Ce fut vraiment un moment de grâce !

60 personnes ou plus étaient là, on en attendait moins. Il fallut se pousser, se serrer un peu dans cette grande salle du premier étage, celui des « Poches » où chaises et tabourets se côtoyaient en rangs serrés, il faisait chaud aussi. Et pourtant, quelle ambiance, quelle sérénité dans tous ces regards focalisés sur le lecteur ou perdus dans un rêve intérieur.

Quelle attention, quel respect, quel partage des émotions et des mots, ces mots qui ont gagné en puissance dans le dire du lecteur et dans l’écoute des auditeurs.

Des nouvelles drôles, tragiques, cocasses, cruelles ou tendres, parfois incompréhensibles comme « L’amour, le vrai », mais qu’importe…

Une fée légère, élégante, souriante et espiègle s’activait, veillait aux mots et au grain, tour à tour, lectrice ou hôtesse, orchestrait les mouvements entre rez-de-chaussée et premier étage, distribuait repas et boissons. Cette fée était habillée de bleu, de bleu nuit justement. Est-ce un hasard ?

Aujourd’hui des moments de cette soirée fusent, comme des flashs. Ils feront désormais partie de ces nouvelles que j’ai envie de lire, toutes, et leur feront comme un écrin magique.

Le pique-nique insolite et si convivial entre les rayons de bouquins, assis par terre ou juchés sur des piles de livres.

L’écoute de cette nouvelle L’espérance sous le domino vert où, depuis le fond de la salle, j’étais fascinée par cette pièce et son occupation incongrue, les murs latéraux tapissés de bouquins, au milieu une foule bien dense de fidèles écoutant religieusement et à l’autre extrémité, donnant sur la rue, deux fenêtres étroites et symétriques, fermées de volets à lames, typiques des maisons anciennes. Cette librairie est dans un quartier de la vieille ville. Je songeais à une discussion avec un hôte, la semaine dernière, qui affirmait que les murs enregistrent tout… Alors, après l’histoire vécue de cette maison dont j’ignore tout, je me disais que les murs avaient dû, hier soir, se recharger d’énergie positive !

Ou encore, durant une pause, au rez-de-chaussée, j’ai croisé furtivement le regard de passants qui s’attardaient derrière les grilles et s’étonnaient de cette fête singulière.

Ou encore Françoise Bascou, gravissant lentement et précautionneusement les marches pour éviter qu’elles ne craquent, se baissant puis exhibant au bout d’un doigt tendu une chose minuscule qu’elle déposa avec délicatesse sur un tabouret : un tout petit escargot !

Ces marches justement que des spectateurs attentifs et courtois, qui se déplaçaient à contretemps, s’efforçaient de ne pas faire craquer et qui craquaient tout de même, comme une ponctuation délicieuse et coquine du texte lu.

Paris est, comme chacun sait, le fief des éditeurs, des événements littéraires. Aujourd’hui, un jury délibère pour l’attribution du « Livre Inter 2011 ». Mais ici, à Carpentras, il y avait cette nuit un autre événement littéraire : une soixantaine de personnes de tous âges, bien serrés les uns auprès des autres qui partageaient un moment de grâce, le plaisir de dire ou d’écouter des mots, des histoires, le plaisir de rêver.

« De Paris à Carpentras, nan ni, nan ni,
De Paris à Carpentras, nan ni pas »

Sans compter que le plaisir ne s’arrête pas là. Il y a 20 nouveaux recueils pour les aficionados de nouvelles, 20 bouquins « sur la planche », à choisir, à lire, en solitaire cette fois.

Pour ma part, voici les nouvelles que j’ai préférées :
De Isaac BASHEVIS SINGER , Hechele et Anele
De Dominique Louise PELEGRIN, L’espérance sous le domino vert
De Ygit BENET, Piqué au vif
De Mia COUTO, Les yeux des morts
De Annie SAUMONT, Tais-toi
De Serge PEY, Le linge et l’étendoir

Et ci-joint la liste complète des ouvrages proposés.

Merci à Françoise Bascou et à son équipe pour l’initiation et la réalisation de cette rencontre.
Merci aux lecteurs qui ont théâtralisé avec talent ces textes nous rendant avides de les lire.
Merci enfin et bravo pour cette atmosphère qu’ils ont su créer, qui est la marque de cet événement, lié à une conjonction d’ingrédients comme la culture, le talent, la simplicité, le charme au sens fort et le goût des autres.

Cette entrée a été publiée dans Notes de lecture, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.