Le livre Inter 2011

Cette année, pour la seconde fois, je participais au jury du Livre Inter 2011, « Cuvée vaisonnaise ».
Il m’a fallu un peu de temps pour digérer ma déception après la proclamation du gagnant:

Olivia ROSENTHAL pour « Que font les rennes après Noël »

L’un des plus mauvais ouvrages selon moi, voire le plus médiocre, 4 points en tout attribués par le jury vaisonnais. Chacun de la trentaine de participants attribuant 3 plus 2 plus 1 (points) aux 3 ouvrages sélectionnés.

Ce n’est pas un roman, plutôt un ouvrage inclassable qui met en miroir des épisodes narcissiques de l’enfance de la narratrice, comme des fragments autobiographiques et des épisodes mettant en scène des animaux, leur traitement en captivité, les expériences dont ils sont l’objet, la législation sur les animaux, émanant de la narratrice devenue adulte et biologiste.
Un sujet intéressant en soi mais traité de manière superficielle et partiale avec une alternance de chapitres très brefs. Cette rupture répétée agace et provoque un désintérêt pour le sujet.
Grogne et narcissisme !

Pourtant la sélection était plutôt prometteuse. Que s’est-il passé cette année lors de la délibération du jury Livre Inter 2011 ?

Quant à moi, ma préférence allait à « Enlèvement avec rançon » de Yves RAVEY, ouvrage que j’ai eu le plaisir de présenter à Vaison.

C’est le 13e roman d’un auteur discret qui écrit aussi beaucoup pour le théâtre.
Une belle fiction, bien menée, comme un thriller. Un enchaînement inéluctable qui mène à la mort comme un rite cruel, un dénouement de tragédie antique. Un univers implacable, sans pitié, sans compassion où ce qui peut apparaître pour des invraisemblances est plutôt l’expression d’un réalisme exacerbé, caricatural.
Un style épuré, minimaliste et une écriture puissante.
Une description minutieuse et fine des faits et gestes des personnages, des détails du paysage et de l’environnement qui sont partie intégrante de l’action.
On se prend à le relire pour s’attarder sur un mot ou un geste qui seront des indices pour décrypter les événements futurs.
Les sentiments ne sont jamais exprimés, ils sont à lire dans les gestes, les comportements, les relations des protagonistes d’un drame qui se joue sans bruit, presque sans parole.
Il n’y a pas de personnages sympathiques, seulement des meneurs et des suiveurs engagés dans un processus destructeur. La morale est absente aussi, rien n’arrête ce déferlement de violence et comme dans « Balle de match » de Woody Allen, le dénouement semble favorable au plus criminel, au plus pervers…

J’ai bien aimé aussi dans la sélection proposée :

« Le cœur régulier » d’Olivier ADAM
« Le siècle des nuages » de Philippe FOREST
« Le testament d’Olympe » de Chantal THOMAS
« Des femmes disparaissent » de Christian GARCIN

Que s’est-il passé cette année au jury du Livre Inter ?
Le jury a délibéré sous la présidence d’Amin Maalouf qui, lors d’une interview, après la proclamation des résultats, a défendu la lauréate avec un manque de conviction palpable…

Trop déçue par ce choix incompréhensible, je m’abstiendrai de participer au jury du Livre Inter 2012, « cuvée vaisonnaise ».
Je fais davantage confiance aux critiques littéraires, aux libraires dignes de ce nom et à mon intuition pour que la lecture et la découverte de nouveaux ouvrages continue d’être un plaisir !

 

 

Cette entrée a été publiée dans Notes de lecture. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.