Atelier d’écriture

Connaissez-vous l’Atelier d’Ecriture ?

Depuis un peu plus de deux ans, je participe à un Atelier d’Ecriture animé par Anne Noisier. C’est une amie qui  l’a longuement pratiqué qui m’y a poussée. J’hésitais, je redoutais quelque chose d’un peu trop scolaire, d’un peu trop directif, de contraignant.
Finalement, j’y prends beaucoup de plaisir. Autant à écrire qu’à écouter ce que les autres ont écrit. Le tour de table qui suit la séquence d’écriture ne laisse pas de surprendre.
Et pourtant  l’incipit est le même pour tous. Que de productions différentes !
« C’est un jeu d’écriture qui n’engage pas » me disait mon amie, bien loin d’un journal intime. Et pourtant…
Quand la consigne est tombée, on se retrouve face à soi-même, dans le silence, pendant environ vingt minutes, avec l’obligation (sauf incompatibilité notoire) de produire un écrit.
Jubilation ou agacement ! J’ai l’habitude de ne rien faire pendant quelques minutes avant de commencer à écrire, pour de bon,  sur le papier.
Il est bien évident que l’humeur du moment, les expériences passées ou le contexte plus récent des événements de la journée s’invitent dans l’écriture. L’inconscient émerge aussi, ça et là, à notre insu. Je m’amuse à le traquer un peu plus tard en relisant  mes écrits. Le fait que le sujet soit imposé de l’extérieur et ne résulte pas de notre propre choix protège aussi notre intimité.

La dernière fois, Anne a lu quelques lignes d’une description empruntée à l’ouvrage : Souvenirs entomologistes de Jean Henri Fabre.  Mais nous ignorions l’origine de ce court extrait. Nous devions raconter la rencontre avec « ce personnage » Madame Empuse.
J’ignorais aussi que l’empuse était une mante religieuse. Et pourtant mystérieusement une mante religieuse s’est glissée dans le récit et je ne saurais dire à partir de quel indice. Une autre personne a évoqué aussi en toute innocence une mante religieuse. D’autres ont fait le choix de mettre en scène une personne ou un animal différent.
C’est la spontanéité de l’écriture qui induit ces surprises. Alors oui, on peut parler d’un jeu.

La seconde consigne était : « Vous vous métamorphosez en un animal… » Un peu à la manière d’Alice au pays des merveilles.
La troisième consistait à replacer l’animal dans son milieu, j’ai préféré la forme d’un poème.

Voici, à titre d’exemple, ces trois productions.

Madame Empuse.

Elle était là, assise sur un banc, au bord de la route, tassée sur elle-même. Il pleuvait, un peu. L’asphalte était gris, grêlé comme une vilaine peau. Le ciel bas, plombé. Son ciel à elle, un grand parapluie de berger, couleur de suie.

Le regard était fixe derrière d’antiques lunettes rondes cerclées d’écaille dépolie. Son bras libre, celui qui ne tenait pas le parapluie, s’agitait de manière saccadée, décrivant des sortes de moulinets dans l’espace. Ses lèvres remuaient de manière compulsive, le cou tendu. Des incantations ? A qui ?

Tout à coup, le bras libre s’immobilisa, quelque chose venait de se poser dessus. Je m’approchai, curieuse de voir ce qui captivait son attention. Elle me lança un regard courroucé. Pour que je me tienne à distance sans doute !
Mais de là, je pus reconnaître la chose en question.

Puis son regard se voila d’une grande tendresse, des mots d’amour, suaves, caressants sortaient de sa bouche. Je n’osais rompre ce touchant tête à tête. La chose progressait sur son bras, en toute confiance. La tête de la vieille s’inclinait, oscillait en direction de la chose.

Enfin, exaspérée par ma présence silencieuse et néanmoins dérangeante, elle tourna la tête pour me dire d’un ton sec :
« Eh bien, voyons, c’est une mante religieuse ! »
Puis elle reprit son dialogue avec l’insecte tandis que le bijou vivant, vert et brillant, louvoyant dans les plis de l’étoffe grise et soyeuse, me fascinait.

S’agissait-il d’un insecte apprivoisé ?
Ma fille qui élève des mantes religieuses m’en a tant dit sur ces surprenantes créatures… Qui répondent paraît-il à leur nom, boivent au biberon et se laissent caresser avec volupté par le doigt timide de ma petite fille.

Colette,septembre 2011

La métamorphose

C’était  au mois d’avril, je crois. Nous gravissions la montagne de Lure, foulant l’herbe déjà haute qui n’avait pas encore été pâturée. Petite pause. Une envie irrésistible de me rapprocher de cette herbe bruissante d’insectes, fatiguée de soleil, empourprée d’orchidées, bousculée par la brise, s’empara de moi…

Je m’allongeai, faisant doucement mon lit, façonnant un creux moelleux, fixai le soleil, m’imbibai du bleu du ciel puis, éblouie, fermai les yeux, les rouvris à nouveau.

Dans mon champ de vision, à travers les rayures verticales d’une infinité d’herbes hautes, une sauterelle progressait laborieusement, sa démarche un peu hésitante, précautionneuse était si étrangère à ses bonds brefs, furtifs, bien ciblés, précis.

Je fermai les yeux à nouveau en même temps qu’une douce torpeur m’envahissait, paralysait mes membres abandonnés sur le sol. Je ressentis nettement des picotements dans les mains, dans les pieds. Mon corps lui-même s’amincissait, ma tête rapetissait, devenait plus légère, plus mobile, mes yeux grossissaient de ma tête articulée, devenaient loupes, des antennes jaillissaient. Je sentis de la puissance dans mes membres postérieurs, une irrésistible envie de bondir, de me détendre.

Maintenant, mon corps mince, gracile, uniformément brun, évoluait avec facilité dans cette forêt de brins d’herbe, escaladait les fragiles tiges de narcisses sauvages, titubantes sous la charge, montait à l’assaut d’une orchis pyramidale pourpre, explorait un circuit labyrinthique dans l’énorme soleil d’un chardon. Cette métamorphose ne m’effrayait pas, bien au contraire ! J’étais ivre de jeunesse printanière, de légèreté, de liberté. Je percevais distinctement le bruit rêche de mes pattes sur les brins d’herbe, le toucher velouté des coucous.

Un petit bond et …hop, changement de décor. Ici la rugosité des brunes écorces, là l’éclat aveuglant de l’or des orchis de Provence ou le sillage parfumé d’humbles narcisses…
Las ! Des cris s’élèvent, des voix m’interpellent. Ce sont mes amis qui reviennent, appareil photo en bandoulière,  fleurs dans les cheveux.

Le voyage est fini, j’émerge brutalement d’un si beau rêve.

Colette, septembre 2011

Dans mon pays…

Tassé au fond du vallon
Un village de modestes maisons
Montfroc est son nom
Dans mon pays…

Dans mon pays…
Une grande coulée d’herbe foulée, flétrie
Où les randonneurs ont imprimé la vie

Dans mon pays…
Une antique bergerie
De pierres mal équarries
Où s’aventure l’experte sauterelle
C’est le jas
Des Fraches

Un bouquet d’arbres drus où se cacher
Face à l’immensité
D’une mer
D’herbes
Ondoyantes
C’est encore mon pays…
De vert et de pierre

Deux géants qui se font face
Dans mon pays
De vert et de gris
Ventoux et Montagne de Lure
Entre les deux, il y a moi
Sous le soleil
Exactement

Colette, septembre 2011

 

 

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