Trou soufflant et arbres reliques

Dimanche 9 septembre, il fait encore très chaud à Séguret, près de 30°. Nous décidons d’aller marcher dans le Ventoux pour nous rafraîchir et faire un peu d’exercice. Nous laissons la voiture au bout de la station du Mont Serein et prenons la direction du GR9, vers la Combe de Fontfiole.

Trop de monde pensons-nous pour voir des chamois !

La température n’est plus que de 20°, une belle lumière de fin d’après-midi et juste une petite brise. Se succèdent les délicieux passages en sous-bois, à flanc de pente, et des traversées de pierriers un peu plus délicats, quand on aborde la Combe de Fontfiole et son impressionnant cirque de pierres blanches. Où sont les chamois dans cette immensité aveuglante ? Au-dessus, cachés dans les chaos de rochers en direction du col des Tempêtes ou au-dessous dans les bosquets qui apportent un peu d’ombrage ? Au fur et à mesure que nous avançons, la fréquentation se raréfie, un silence opaque occupe tout l’espace, quelle paix ! A nos pieds la vallée du Toulourenc sinue, les petits villages miniaturisés par la distance l’animent, comme Brantes…

Nous avons envie de poursuivre un peu plus loin, on nous a parlé de ce mystérieux « Trou soufflant » qui s’ouvre à quelques combes de là et qui souffle en toutes saisons, dit-on, un air glacial issu du ventre du Ventoux, de l’air qui proviendrait du versant sud…

Un homme est assis au bord du chemin, avec son chien qui lui aurait bien envie de bouger. Je lui demande si par hasard il connaîtrait l’emplacement du « Trou soufflant ».
Il désigne, en souriant, un trou dans les rochers juste au-dessus et dit que justement il attend des…
Tout à coup, s’échappent, comme par magie, de cette fente que nous fixons du regard, un gros chien d’abord, type dogue allemand et trois hommes que le chien, celui qui était assis au bord du chemin, accueille bruyamment.
Un peu éblouis par le retour en pleine lumière et tout en retirant leur combinaison un peu poussiéreuse et leur casque à lampe frontale, ils racontent leur expédition au fond de la Grotte du Vent, car tel est son autre nom.
Ils ont mis trois heures à faire l’aller et retour, sans se presser. La température intérieure est de 8°, quel contraste avec la température ambiante. Dedans ils n’ont pas vu d’écoulement d’eau. Des passages étroits, parfois pas plus de 30cm de hauteur, alternent avec de véritables salles. A l’aller, on descend, en fait il y a 140m de dénivelé entre l’entrée de la grotte et le bout, trop étroit pour communiquer avec l’extérieur. L’un d’eux raconte aussi que le vent, qui souffle par endroits à près de 100km par heure, siffle à en faire mal aux oreilles.

Comme c’est étrange d’imaginer ce monde caché à l’intérieur du Ventoux, si proche et si lointain ! Nous ne tenterons pas, seuls, une aventure spéléologique mais nous allons jusqu’à l’entrée, nullement signalée, à peine par un léger piétinement, bien dissimulée par des plaques de rochers dressées verticalement et presque invisibles du chemin. Il y souffle effectivement un vent glacial semblable à la ventilation d’un climatiseur réglé sur une très basse température.
Lors du retour, nous en parlons avec d’autres personnes. L’une d’elles en connaissait l’existence signalée par son guide lors d’une randonnée dans le Ventoux pour assister au lever du soleil.

Au retour, nous sommes davantage attentifs à ces vieux arbres signalés à l’entrée de la Combe par des panneaux informatifs. Des pins sylvestres et des hêtres, dits arbres reliques, très anciens, vestiges protégés de la Forêt Primaire du Ventoux.
Ils ont survécu au déboisement quasi total des pentes du Ventoux, au 18e et 19e siècles. Ce déboisement avait pour objectifs de faire pâturer les troupeaux et d’exploiter la forêt pour fournir le bois de chauffage pour les besoins domestiques et industriels.
A la fin du 19e siècle, on s’inquiéta de ce déboisement massif et des risques accrus d’érosion et d’avalanches. On replanta, des essences différentes.
Ceux qui subsistent ont des formes tourmentées, très étonnantes. Ils sont protégés pour survivre le plus longtemps possible.

« Houppier très branchu, tronc difforme… ce hêtre sénescent (au tronc de 5m de circonférence) montre un port noueux plus élancé… »
Ainsi sont-ils décrits dans « Arbres remarquables de Vaucluse » d’ Olivier Bricaud (Edition du Toulourenc).
On y voit aussi de très belles photos de ces arbres aux formes fantasmagoriques.

Nous n’avons pas pu nous empêcher de fantasmer nous aussi en regardant ce vieux hêtre mort ( ?) encore debout, dont le tronc creux abrite un plus jeune tronc, évoquant une forme humaine, bras tendus et mains nouées au-dessus de la tête. L’élégance de cette silhouette dans sa niche, sculpture de sylphide, blanche nudité qui tranche sur l’environnement végétal, nous a fait rêver.

Et au retour, nous voyons tout de même des chamois, tout en bas de la Combe de Fontfiole, gambadant d’un bosquet à l’autre, une petite dizaine. A l’heure où les touristes s’éclipsent de la scène, les chamois font leur entrée, dûment attendus par des photographes persévérants, sur le chemin, à bonne distance de ces gracieux et agiles caprins.

 

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