Livre Inter 2013, Alice Zéniter et Olivier Adam

J’ai participé cette année, après une interruption par lassitude et déception, au Jury Livre Inter 2013 « cuvée vaisonnaise ».
La sélection était intéressante. Pas de coup de cœur absolu mais j’ai voté sans hésitation.

En 1, Les lisières de Olivier Adam
En 2, Sombre dimanche de Alice Zéniter
En 3, Un notaire peu ordinaire de Yves Ravey

Rappelons que le choix national s’est porté sur Alice Zéniter, ainsi que celui du jury de Vaison.

Ce choix me paraît tout à fait justifié. L’ouvrage d’Alice Zéniter, la vie d’une famille hongroise à Budapest évoquée sur plusieurs générations, dans « la petite maison au bord des rails », l’histoire de cette famille où les événements de la grande Histoire, avant et après la domination soviétique, sont intimement mêlés. Une sorte de malédiction liée à un secret de famille pèse sur les femmes qui s’enfuient ou meurent prématurément de tristesse ou par suicide. L’âme hongroise et cette légendaire mélancolie sont si bien restituées que certaines personnes participant au débat à Vaison pensaient qu’Alice Zéniter était d’origine hongroise ! Une fiction bien documentée, un roman bien construit, laissant une part égale aux événements familiaux et aux événements historiques, sociaux et politiques qui lui tiennent lieu de cadre et une belle écriture en rendent la lecture agréable en dépit de cette chape de plomb qui submerge au fil de la lecture.

Pourtant J’ai préféré Les lisières de Olivier Adam.

Souvent quand je lis un bouquin, je me demande si l’auteur avait vraiment quelque chose à dire, si cela en valait la peine. Certains ouvrages, celui d’Alice Zéniter en est un exemple, sont de belles constructions intellectuelles, littéraires. Je préfère ceux dans lesquels l’auteur s’implique, utilise la puissance de l’écriture, du style, ses capacités littéraires pour « dire », (s’) exprimer, à travers la fiction et les artifices littéraires.
On pourrait dire cela autrement, que le fond soit perceptible sous la forme.

Tant d’ouvrages d’auteurs français traitent aujourd’hui de sujets assez futiles, empruntés à la vie quotidienne, répondant aux préoccupations immédiates de notre société, « l’ici et maintenant » rabâché à satiété.

Pourtant Olivier Adam traite aussi de ces sujets, amour et désamour, divorce et séparation, conflits liés à l’appartenance à des milieux sociaux ou professionnels différents.
Dans ce roman à la fois fiction et autobiographie, Olivier Adam met beaucoup de lui-même dans le personnage de l’écrivain Paul Steiner. Ce sont cette sincérité et cette lucidité qui émeuvent. Le titre m’a fait beaucoup gamberger. « Les lisières », n’est-ce pas cela justement la position de l’écrivain, celle de l’observateur distancié, le regard qu’il porte sur sa propre vie présente et passée, sur les événements qui ont fait de lui ce qu’il est aujourd’hui, en quête de son identité. Cette recherche pathétique et réaliste amène ainsi le narrateur à mettre à jour un secret de famille depuis longtemps pressenti.

Cette quête exigeante d’identité entre enracinement et déracinement, attachement à des milieux très différents et détachement, me fait penser à un autre livre, un essai :

« La nostalgie » de Barbara Cassin dont le sous-titre est « Quand donc est-on chez soi ? »

Celui-ci traite justement de manière philosophique, avec des références à l’antiquité et ses grands mythes, de ce même sujet. Le voyage d’Ulysse aurait donc quelque lien avec les errements de Paul Steiner pour qui le Japon est l’aboutissement ou une étape de plus de ce voyage à travers lui-même ?

Ceci est porté par une grande sensibilité dont l’écriture fluide et souple épouse les multiples méandres.

J’avais aimé « Le cœur régulier », paru récemment, du même auteur. J’ai préféré celui-ci, plus abouti, plus mature.

A lire, pour la sincérité et la probité de cette recherche qui rendent ce roman touchant et vrai.

 

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