Albert Camus et Lourmarin

Je ne voulais pas manquer l’exposition consacrée à Albert Camus, à l’occasion du centenaire de sa naissance, dans les salles du château de Lourmarin.

Nous la devons à Hervé et Eva Valentin qui ont réuni et présenté avec brio de nombreux documents originaux, manuscrits des œuvres, photos, courriers échangés ( avec Sartre) , éditions originales dédicacées, de superbes volumes reliés, parfois illustrés. De nombreuses personnes ont contribué à la réussite de cette manifestation, la famille d’Albert Camus, les Editions Gallimard, des collectionneurs privés.
On peut peut-être déplorer qu’une manifestation nationale n’ait pas pris en charge cet événement.

Le catalogue de l’exposition qui s’intitule : « Albert Camus de Tipasa à Lourmarin » est très complet, riche d’illustrations, agréable à consulter.

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Affiche de l'exposition

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1ère page du manuscrit du "Premier Homme"

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Dédicace de "Noces" à René Char.

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Distribution de la première des "Justes".

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Il faisait très chaud à Lourmarin, jeudi dernier et c’est par cette température caniculaire que nous avons poussé la grille du cimetière de Lourmarin, un village que Camus affectionnait particulièrement, les montagnes du Luberon lui rappelant le Chenoua de sa terre natale.

Une sépulture émouvante par sa simplicité, un emplacement limité par de grosses pierres irrégulières sur lequel pousse un laurier rose. Devant, une plaque en pierre, gravée, entourée d’iris. Auprès de cette tombe une autre, en pierre, celle de Francine Camus son épouse. Comme d’autres cimetières de petits villages provençaux, c’est un lieu de paix et de méditation dans un cadre naturel somptueux.
On avait proposé que sa dépouille fût ramenée au Panthéon. Sa famille a refusé. C’est bien comprendre ce que Camus a toujours prôné, durant sa courte vie, modestie et humilité et c’est probablement la trace physique qu’il aurait souhaité laisser.
Lui qui, dans « Le premier homme » est allé à la recherche de son père, mort aussi prématurément, sans laisser de traces.
« Les pauvres n’ont pas d’histoire » constate-t-il amèrement dans les premières pages de cet ouvrage.

Nous en avons profité pour visiter le château de Lourmarin, entièrement meublé, datant du XVIe siècle et qui après de nombreuses péripéties a été restauré comme il était en 1526 par Robert Laurent-Vibert en 1920. Il est aujourd’hui le siège d’une Fondation culturelle.

Une architecture Renaissance avec une variante intéressante, une loggia et des galeries à l’italienne très gracieuses. Il faut dire que ce sont des Vaudois, réfugiés dans le Luberon, qui l’ont construit. Originaires du Piémont, ils ont fait prospérer par leur travail et l’importation de leur savoir-faire cette région du Luberon. Jusqu’à ce qu’ils soient exterminés, taxés d’hérétiques, comme ceux de villages voisins, sur ordre de François 1er, en 1545. 3000 victimes en 5 jours, 670 hommes envoyés aux galères, leurs biens confisqués ou pillés.

De quoi réfléchir aujourd’hui. A rapprocher d’autres violences perpétrées en Syrie, par intolérance ou pour satisfaire à un extrémisme religieux ou communautaire qui en exclut toujours quelques uns. Franchement avons-nous, Occidentaux, des leçons à donner, des «punitions» à distribuer. N’est-ce pas plutôt le Pape François qui a raison en prêchant la paix et la tolérance ? Ne vaudrait-il pas mieux s’installer autour d’une table de négociation, mettre tout en œuvre pour cela, au lieu d’ajouter de la violence à la violence?

A propos de tolérance justement, on a reproché à Albert Camus de ne pas prendre parti dans le conflit franco-algérien, lui qui était attaché à ces deux communautés…
En 1942, c’est au Chambon sur Lignon, dans le Massif Central, un endroit où de nombreux enfants juifs ont été recueillis par de courageuses familles et sauvés, qu’il commença d’écrire « La peste ». Est-ce ce lieu de réclusion qui l’inspira ?
Ceux qui ont accompli ces actes de bravoure, qu’ils ne revendiquent pas comme tels d’ailleurs, risquaient la mort pendant la guerre, on les célébra, la paix revenue, ce sont les JUSTES.
Il est bien difficile d’être pacifiste !

 

 

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