Canada de Richard Ford

Parmi les romans de la rentrée littéraire 2013, j’ai aimé « Canada » de Richard Ford, traduit de l’américain.

Mes notes de lecture :

Les personnages en nombre limité, un huis clos.
Bev Parsons, le père, Neeva Kamper, la mère, Dell et Berner, les jumeaux.
Mildred, l’amie de Neeva et plus tard Charley et Arthur Remlinger
Le lieu, Great falls, petite ville du Montana, puis après la fuite au Canada, Fort Royal dans la province de Saskatchewan
Le narrateur est Dell qui avait 15 ans au moment de l’événement central du roman, le braquage d’une banque dans le Dakota du nord par ses parents. Il en fait le récit 50 ans plus tard.
L’époque 1960
Première partie jusqu’à p 236, la meilleure
Deuxième partie, jusqu’à p 445, Dell, sa fuite au Canada, sa rencontre avec C le métis et homme de main et A R, personnage mystérieux coupable d’un double meurtre sous les yeux de Dell.
Troisième partie, en accéléré et par petites touches, sa vie après ces événements, sa vie d’adulte, la mort de sa soeur jumelle.
Le récit, tout s’articule autour du braquage de la banque ou comment des gens normaux de la middle classe américaine basculent dans la délinquance, ce qui va complètement changer la vie de tous les membres de la famille.
Dans la peau de cet adolescent plutôt raisonnable, Dell décrit minutieusement le caractère de ses parents qui ne s’entendaient pas, leur parcours, les problèmes financiers de son père pris au piège dans un trafic de viande volée et comment ils ont été amenés à prendre cette décision si lourde de conséquences. Cette partie est remarquable, un récit fluide.
Il associe le lecteur à cette recherche d’indices, à partager ce regard lucide, cette analyse fine et plutôt distanciée.
La seconde partie est plus lourde, sa soeur est partie seule. Pour échapper à l’orphelinat après l’incarcération de ses parents, il accepte de suivre Mildred qui le conduit chez son frère Arthur, dans un coin perdu de la prairie canadienne où il tient un petit hôtel. Rencontre avec deux personnages un peu louches dont il partage la vie pendant deux mois. Ambiance glauque avec des échappées belles, la chasse aux oies sauvages sur les rives de la Saskatchewan. Solitude. A la recherche d’un père avec qui il pourrait jouer aux échecs, il est pris au piège et témoin d’un double meurtre. Second traumatisme violent dont il se relève encore, il ira étudier à Winnipeg et deviendra professeur.
Cette 2e partie donne lieu à un récit plus confus, Dell ne dénoncera pas le meurtrier et portera le poids de ce terrible secret.
La troisième partie est une sorte de bilan de sa vie. 50 ans plus tard, il se penche brièvement sur sa vie passée, évoque son mariage, sa vocation d’enseignant, ses retrouvailles brèves avec sa soeur qui, après une vie chaotique et plutôt misérable, se meurt d’un cancer. Là encore, il fait face avec courage mais le ton est plus amer. Il y a ce qu’il ne peut pas confier, il a aidé à enterrer les victimes tuées par A.

Sont abordés dans ce livre, les thèmes de la solitude, le basculement de la normalité vers la délinquance, le concept de résilience, rebondir, s’en sortir, aller de l’avant, chers aux Américains.
Dell, adulte, a pris la nationalité canadienne, des incursions aux states où il revisite les lieux des drames de l’enfance.
Sa conclusion est peut-être celle-ci,
« Ce que je sais, c’est qu’on a plus de chances dans la vie, plus de chances de survivre, quand on tolère bien la perte et le deuil et qu’on réussit à ne pas devenir cynique pour autant… »

 

 

 

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