Patrimoine 2013 à Séguret

Lors de la Journée Européenne du Patrimoine 2013, Séverine Padiolleau revient à l’église de Séguret, apportant avec elle le tableau de Saint Just et Saint Pasteur, en cours de restauration , pour une conférence sur le travail accompli, étayée d’une projection d’images, les étapes illustrées de ce délicat travail.

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Séverine Padiolleau nous explique son travail

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L'auditoire lui a posé de nombreuses questions

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L'ensemble de l'assistance

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Avant même que cette conférence ne débute, tous les spectateurs présents dans l’église ne cachent pas leur surprise,  leur admiration et leur curiosité.

Surprise d’abord car d’emblée, apparaissent des différences notables avec l’image restaurée au 19e siècle vue l’an passé. Ambiance différente, les teintes sont plus claires, l’expression des visages a changé, l’habit de Saint Just est différent par sa forme et sa couleur. C’est l’image du 17e s, lacunaire, qui apparaît.

Admiration car SP a achevé la restauration d’une petite partie rectangulaire du tableau, le buste de St Just. L’image initiale est restituée. Quel miracle ! Il n’est que de comparer le tableau et la projection de l’image 19e s sur l’écran pour s’en convaincre. Carnation plus rose, délicatesse des boucles de la chevelure, fraise autour du cou, habit de couleur mauve, expression plus juvénile de la physionomie.

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Le tableau dans son état initial

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Le tableau après retrait des surpeints et masticage

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Le tableau tel que présenté lors de la journée du patrimoine.

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Curiosité. Comment est-on passé de l’un à l’autre ? Qu’en sera-t-il des multiples taches de mastic blanc couvrant les lacunes du tableau ? Comment pourra-t-on restituer, dans sa facture originelle, l’image, surtout dans la partie basse où les rares indices restants ouvrent la voie à plusieurs hypothèses.

SP va répondre à toutes ces questions … ou presque,  en reprenant pas à pas les étapes de ce minutieux travail lors de sa conférence en s’appuyant sur les images du diaporama. Le récit de ce cheminement, inconnu de la plupart des spectateurs,  ne sera pas la moindre des surprises.

Elle rappelle d’abord l’état initial du tableau
L’état du support est très dégradé.  Il  nécessitera un travail de consolidation sur le revers, l’état de la surface picturale est chaotique, il y a des pertes de matière, des repeints appliqués directement sur le support, des coulures de vernis… L’image recréée au 19e s a été appliquée sur une couche uniforme de couleur grise !!!

Rappelons brièvement l’histoire de ce tableau.
Réalisé au 17e s par un artiste anonyme, il fut restauré une première fois, de manière assez légère, au 18e s ( ?) puis restauré une seconde fois de manière beaucoup plus invasive au 19e s, peut-être au moment où il fut déplacé de la chapelle St Just à l’église St Denis de Séguret.
L’image du 19e s,  appliquée sur une couche uniformément grise, masquait  totalement l’image initiale du tableau qui n’apparaissait qu’à l’endroit des lacunes.

Les options de restauration
C’est au vu de cela, de minuscules fenêtres ouvertes sur l’image originelle, que SP conseillait plutôt de retirer l’image du 19e s et de restaurer l’image initiale du 17e s.
L’autre option, qui ne fut pas retenue, était de restaurer l’image du 19e s, sur un support en très mauvais état.

Cette intuition du diagnostic initial de SP se révéla confirmée par les sondages effectués en différents endroits du tableau et une observation à la loupe.
Le choix de cette option de revenir à la couche initiale présentait aussi le double avantage d’un meilleur aspect esthétique et la garantie d’une meilleure conservation, en particulier compte tenu du lieu d’accrochage, le mur humide de la chapelle St Just dans l’église.

Sur l’endroit…
Il fallait d’abord refixer la couche picturale en travaillant sur le support par le revers.
Pour travailler sur le revers, il fallait protéger la couche picturale (l’endroit) par du papier encollé à la colle chaude de lapin puis appliquer une seconde couche de papier, c’est le cartonnage.

Sur le revers…
On a pu ainsi travailler sur le revers, c’est à dire, dépoussiérer, retirer les pièces de toile qui avaient été grossièrement appliquées, retirer les enduits de céruse.
Le revers nettoyé on put appliquer de la colle chaude de lapin pour refixer la couche picturale. Brosse, fer à repasser et éponge sont les outils nécessaires à cette opération.
L’objectif est de rétablir une bonne planéité avant de poser une tarlatane de coton, cela en attente du rentoilage.

Sur l’endroit…
SP retourna alors le tableau pour travailler sur la couche picturale.  Il fallut d’abord décartonner. Le tableau apparut,  toile bien maintenue, permettant un travail sur la couche picturale.
Avant de retirer l’image du 19e s, il fallut procéder à des sondages, ouvrir des fenêtres de dégagement, pour confirmer l’hypothèse d’une image initiale existante !

SP ne cache pas son émotion lorsqu’elle découvrit l’image  initiale de St Just, déjà évoquée plus haut. Habit différent,  une plus grande subtilité dans le traitement des visages, expression et carnation.  L’image initiale était bien celle espérée, de meilleure qualité que le repeint !

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Un des deux anges (état initial)

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Un des deux anges (après décapage)

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Saint Pasteur (état initial)

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Saint Pasteur (après décapage)

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L’étape suivante, c’est le retrait des repeints
On voit sur l’écran SP, portant un masque et des lunettes, retirer précautionneusement les repeints en utilisant des solvants dissous dans un gel. Il faut pratiquer cette opération en surface sans altérer ni ramollir la couche qui est dessous.
On découvrit alors un tableau très lacunaire. Il fallut mastiquer pour combler les lacunes et planéifier, faire de minutieuses incrustations de toile correspondant aux lacunes.

Sur l’envers…
On retourna à nouveau le tableau pour le rentoilage.
La tarlatane demeurera pour faciliter si nécessaire un changement de toile plus tard.
On appliqua alors de la cire puis la toile, un fer à repasser a fait remonter la cire dont il ne reste aucune trace, le travail terminé.
Ainsi seront assurées une bonne rigidité et une résistance à l’humidité, objectif déjà évoqué.
La toile est montée sur châssis, des clés serviront à retendre le tableau si nécessaire.
Déjà, on peut le dire, l’aspect de l’envers  est un bel objet, le résultat d’un travail soigné avec de beaux matériaux naturels, la toile, le bois.

Sur l’endroit…
Le tableau est retourné une nouvelle fois, SP va pouvoir s’attacher à l’opération finale, les retouches !
D’abord, elle structure les mastics à l’aide du pinceau et du scalpel, minutieusement.
Ensuite, elle pratique les retouches, utilisant non pas des peintures mais des résines synthétiques dont les couleurs sont parfois obtenues à partir de pigments dilués.
L’avantage de ces résines est qu’elles peuvent être retirées en cas d’erreur et qu’elles se conservent relativement bien dans le temps.

Le rectangle déjà réalisé donne une idée de l’impression finale
que nous aurons lorsque le tableau sera terminé.
Ce qui frappe d’emblée c’est l’ambiance tout à fait différente, plus joyeuse avec des teintes claires déclinées dans de multiples nuances, l’expression très singulière des visages, celui de St Just mais aussi celui de l’ange en haut et à gauche du tableau, le travail des détails, les plis des vêtements, les ondulations de la chevelure, la subtilité des carnations. Cela contraste avec la sévérité, l’austérité de l’image du 19e s. La place des personnages est légèrement différente, le doigt de St Just est à sa place initiale, les maisons derrière les prisonniers apparaissent, elles étaient absentes de l’image du 19e s.

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Saint just (état initial)

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Saint Just (après décapage)

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Saint Just (après restauration)

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L’éthique du restaurateur
Pari d’ores et déjà réussi même s’il reste encore des défis à relever. Ainsi SP s’explique sur l’éthique du restaurateur. Une question lui fut posée à propos du bas du tableau,  énigmatique, dont le sujet représenté nous échappe encore. Fera-t-elle preuve d’imagination pour « inventer » ce qui manque.  Un tombeau ? Elle dénie formellement. C’est en progressant minutieusement en observant avec les lunettes loupes la continuité des lignes, des zones colorées, qu’elle découvrira ce qui n’apparaît pas pour le moment de l’image initiale.
Elle ajoute aussi peu après que certaines restaurations actuelles d’œuvres d’art laissent même  apparaître des « blancs » pour ne pas valider une interprétation hasardeuse.

Plaisir réciproque
Hier, lors de la Journée du Patrimoine 2013, le plaisir était partagé. Celui de SP de partager le travail passionnant qui est le sien, dans l’attente de nos réactions, le nôtre, spectateurs et auditeurs de cette conférence dont  l’émotion et  l’attention soutenue étaient palpables.
SP a témoigné lors de cet exposé de ses qualités pédagogiques de communicante mais aussi de ses qualités de rigueur, de patience dans l’exercice de son art et de l’émotion qu’elle éprouve quand elle rencontre, dans le cadre de son activité professionnelle, un travail valorisant, riche de découvertes, comme ce fut le cas pour le tableau de St Just et St Pasteur.
Un grand merci à elle pour avoir donner de son temps et nous avoir fait partager ses connaissances avec le support physique de ce tableau en cours de restauration qu’elle a pris la peine d’apporter pour la circonstance.

La formation du restaurateur aujourd’hui
Que pouvons-nous dire de plus objectif de ce travail de restaurateur ?

Séverine Padiolleau est conservateur-restaurateur d’œuvres peintes.
Elle est diplômée de l’ESAA.
Agréée Musées de France et Monuments historiques.

Elle est  titulaire d’une maîtrise d’Histoire de l’Art et a fait ses études de restauratrice, durant cinq années, dans l’une des trois écoles françaises qui préparent à ce diplôme, celle d’Avignon. Les deux autres sont à Paris.
Ce diplôme l’autorise aussi à travailler pour un musée.

La restauration autrefois
Beaucoup de chemin parcouru depuis les restaurations du 19e s (et avant) où celles-ci étaient plutôt réalisées par des « artistes » locaux voire des gens soucieux de restaurer une œuvre qui leur était chère, avec un projet parfois légèrement différent, bien loin de l’éthique professionnelle actuelle respectueuse de l’authenticité de l’œuvre initiale et de la préservation future, revenir éventuellement plus tard sur une restauration avec des moyens et des techniques plus avancés et qui restent à découvrir.

Assurer la pérennité du Patrimoine, le faire connaître à un public de plus en plus large et l’associer à sa sauvegarde.

C’est bien l’objectif  de cette

Journée Européenne du Patrimoine

 

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