A lire …

A lire absolument pour oublier l’affligeante et morne campagne électorale que nous offrent nos candidats à la présidentielle.
Bernard qui l’a lu et apprécié me l’a recommandé.

J’aime bien Franz-Olivier Giesbert dont j’ai lu « L’Américain ». Une belle écriture, un homme cultivé, sensible, curieux, un témoin de notre temps, celui aussi qui est là où on ne l’attend pas.

Dans M. le Président, il éclaire la personnalité de Nicolas Sarkozy à travers des scènes de la vie politique de 2005 à 2011, scènes dont il a été le témoin ou qui lui ont été rapportées. Sans complaisance ! Comme en témoignent les traits d’esprit drôles, piquants, parfois vachards, mais aussi un souci de corriger, d’ajuster qui fait honneur à son honnêteté intellectuelle.

Je suis toujours passionnée de psychologie et cette approche fine, subtile éclaire les actes en s’approchant de l’être. On y fait aussi référence à l’Histoire et à d’autres hommes politiques, ayant des points communs avec l’homme ciblé, cocasse

On rit beaucoup avec souvent des arrière-pensées plus inquiètes. Ces hommes qui nous gouvernent, dont on attend d’eux qu’ils soient parfaits ou presque, ne sont-ils pas les plus fragiles, les plus vulnérables ? Le besoin de s’exposer, si prégnant chez les hommes politiques en général et chez Sarkozy en particulier, n’est–il pas destiné à cacher, à se cacher pour eux-mêmes et cacher aux autres, leur vraie personnalité, leurs conflits secrets ?

On y retrouve des scènes marquantes de ce quinquennat, des crises petites ou grandes souvent étouffées dans le ronronnement médiatique, toujours soucieux d’éviter de faire des vagues, toujours soucieux de ménager le pouvoir en place.

L’humour est une élégance, parfois un divertissement mais aussi une manière de nous alerter pour diriger notre regard sur l’essentiel.

M. le Président
Franz-Olivier Giesbert
Editions « J’ai lu »

 

 

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L’excellence d’un repas au Grand Pré

Hier, dimanche, nous décidons d’aller déjeuner au Grand Pré, à Roaix, pour rompre avec la monotonie de l’hiver. Après cette longue quinzaine de grand froid, il faisait beau, la température plus douce, le mistral assagi, le bleu intense du ciel tranchait sur la grisaille des paysages d’hiver.

Nous mangions à l’intérieur bien sûr avec une pensée pour notre dernière visite en pleine canicule. Atmosphères ! Une plaque de glace flottait encore dans le bassin de la fontaine, les buis, les sauges faisaient un peu triste mine. J’aime cette ambiance feutrée, paisible, hivernale, dans cette vieille maison à la porte rustique, toute rouge, aux murs blancs, une décoration sobre, un service impeccable, l’accueil chaleureux, sympathique, attentif de Flora et Jean-François.

Le repas fut une succession de petits bonheurs. Mon assiette préférée, un carpaccio de poulpe. J’aurais aimé avoir mon appareil photo pour immortaliser le graphisme de la composition, la délicatesse des couleurs, mobiliser aussi la mémoire sensitive pour le raffinement des herbes et des épices. Une merveille.

J’ai aimé aussi l’assiette d’agneau décliné en collier confit et tranches de gigot rosées à point et savoureuses à souhait. Des petits légumes lumineux et croquants et un risotto de petit épeautre du Ventoux aux saveurs de couscous l’accompagnaient.

Je suis rarement séduite par les desserts mais celui-ci m’a conquise. Un gros champignon blanc où se mêlaient le caramel coulant, l’espuma au gingembre, les crèmes à l’orange et à la cardamone, séparées de galettes craquantes.

Je n’oublierai pas d’évoquer le « pré-dessert au citron et citron vert et les mignardises, caramels aux amandes, noix de cajou caramélisées et cornet de poudre pralinée aux épices.

On pourrait citer aussi l’excellent foie gras, légèrement cuit au four, moelleux, fondant avec une moutarde à la figue, sur une tranche de pain perdu.

A l’apéritif, anchoïade et poischichade, petits légumes crus et olives noires et charnues accompagnaient nos coupes de champagne.

Un grand moment de gastronomie, un vrai plaisir des sens, une parenthèse savoureuse alors que depuis des mois nous faisions abstinence pour respecter nos régimes respectifs.

 

 

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Effets de glace à Séguret

De retour de promenade, cet après-midi, presque au coucher du soleil, dans la rue qui mène au Portail de la Bise. C’est peut-être le silence inhabituel à cet endroit qui nous fait lever les yeux. Ô surprise !  La cascade est pétrifiée dans la glace. Elle, dont la seule vue nous rafraîchissait cet été, les jours de canicule, celle devant laquelle, cet automne, les mariés se faisaient photographier, s’est tue. Des stalactites élégants comme des tuyaux d’orgue dans la vibration lumineuse du couchant, des superpositions de transparence, un spectacle éphémère ici en hiver, presque un mirage… qui fondra comme glace au soleil.

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Ma marmelade d’oranges amères aux épices

Janvier, c’est la bonne période pour trouver sur le marché des oranges amères originaires d’Italie ou d’Andalousie.
Avez-vous déjà essayé d’en manger une ? Cela vous donnera à peu près la même sensation gustative que de croquer une olive cueillie sur l’arbre.
Une amertume que vous n’oublierez pas ! En revanche, en confiture, c’est un régal.

Je traite par bassine de confiture environ 2 à 3 kilos de fruits.
Il vous faudra
- des oranges amères (je préfère les plus petites, en général plus juteuses)
- quelques belles oranges douces, maltaises, bien juteuses également
- 2 ou 3 citrons (de préférence non traités)
- du sucre cristal (autant que de poids de fruits)
- des épices : du poivre Sichuan, 1 clou de girofle, du gingembre, de la cannelle en poudre ou en bâtonnets, un peu de « 4 épices »

J’ajoute parfois des raisins secs macérés dans un vieux malt.

La préparation se déroule en 3 étapes :

- Premier jour, mettez à macérer dans 2 litres d’eau des oranges tranchées fines dont vous pouvez conserver une partie du zeste. Mettez les pépins dans un nouet (filtre à thé). Ils ajouteront de la pectine et aideront la confiture à prendre sans ajout de gelée. Conservez au réfrigérateur.
- Deuxième jour, mettez à cuire jusqu’à consistance d’une compote de fruits. Remettez au réfrigérateur.
- Troisième jour, mettez à cuire à feu doux en ajoutant un poids de sucre égal à celui de fruits, le nouet de pépins, les épices, le jus de 2 citrons préalablement zestés (avec un couteau zesteur), les zestes bien ramollis (passage au micro-ondes), et éventuellement les raisins et le malt.

N’oubliez pas que les recettes de nos grand-mères mentionnent souvent une cuisson en deux ou trois fois avec un temps de repos entre chacune.

A partir de l’ébullition, il faut compter entre une heure et une heure et demie de cuisson.
Vérifiez la prise en goûtant la confiture ou en versant quelques gouttes sur une assiette froide. Attention, la marmelade continue de prendre en refroidissant, ne la laissez pas trop épaissir.
Remplissez vos pots, préalablement bien lavés au lave-vaisselle, ainsi que le matériel, louche, entonnoir et couvercles (en plus, je les ébouillante au sortir du lave-vaisselle).
Vissez bien les couvercles et retournez les pots aussitôt (cela remplace la stérilisation).
Gardez-en un peu pour la goûter, le lendemain, car les arômes se répandent après que la confiture ait reposé.

Variantes : vous pouvez n’utiliser qu’une partie des épices, selon votre goût. Parfois j’utilise de la vanille en gousse.
J’ajoute toujours du poivre qui exhale les arômes (vous en mettez bien sur les tomates !) et du jus de citron qui évite la cristallisation du sucre

Faites tourner vos pots devant une source de lumière, la couleur dorée et la consistance de gelée tremblotante feront déjà s’impatienter vos papilles.
Quant à moi, j’aime la déguster, au petit déjeuner ou à l’heure du thé, sur du pain aux céréales légèrement toasté ou sur des petits financiers au thé vert dont je donnerai la recette une autre fois…

Comme je ne mesure pas les épices que j’ajoute, c’est selon mon humeur, je ne peux vous en communiquer la recette mais j’ai obtenu une fois une marmelade d’oranges amères qui avait exactement la saveur du pain d’épices, ce que je cherche depuis à retrouver !

Vous pouvez réaliser d’autres marmelades avec d’autres agrumes. Les pamplemousses très doux, qui ont un zeste vert, sont savoureux en confiture. Utilisez plusieurs agrumes pour associer différentes saveurs, variez les épices mais aussi l’alcool de macération.
N’hésitez pas à faire des essais, faites-vous plaisir mais notez sur un « post-it », en marge de votre recette, les ingrédients précis de cette bassine-là. On vous demandera votre recette et vous surprendrez vos admirateurs en inventant chaque fois de nouvelles versions.

Enfin, donnez un nom et une date à chaque pot de confiture (là encore le «post-it» est bien utile et se décolle facilement)

Confiturez bien et régalez-vous !

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Atelier d’écriture

Connaissez-vous l’Atelier d’Ecriture ?

Depuis un peu plus de deux ans, je participe à un Atelier d’Ecriture animé par Anne Noisier. C’est une amie qui  l’a longuement pratiqué qui m’y a poussée. J’hésitais, je redoutais quelque chose d’un peu trop scolaire, d’un peu trop directif, de contraignant.
Finalement, j’y prends beaucoup de plaisir. Autant à écrire qu’à écouter ce que les autres ont écrit. Le tour de table qui suit la séquence d’écriture ne laisse pas de surprendre.
Et pourtant  l’incipit est le même pour tous. Que de productions différentes !
« C’est un jeu d’écriture qui n’engage pas » me disait mon amie, bien loin d’un journal intime. Et pourtant…
Quand la consigne est tombée, on se retrouve face à soi-même, dans le silence, pendant environ vingt minutes, avec l’obligation (sauf incompatibilité notoire) de produire un écrit.
Jubilation ou agacement ! J’ai l’habitude de ne rien faire pendant quelques minutes avant de commencer à écrire, pour de bon,  sur le papier.
Il est bien évident que l’humeur du moment, les expériences passées ou le contexte plus récent des événements de la journée s’invitent dans l’écriture. L’inconscient émerge aussi, ça et là, à notre insu. Je m’amuse à le traquer un peu plus tard en relisant  mes écrits. Le fait que le sujet soit imposé de l’extérieur et ne résulte pas de notre propre choix protège aussi notre intimité.

La dernière fois, Anne a lu quelques lignes d’une description empruntée à l’ouvrage : Souvenirs entomologistes de Jean Henri Fabre.  Mais nous ignorions l’origine de ce court extrait. Nous devions raconter la rencontre avec « ce personnage » Madame Empuse.
J’ignorais aussi que l’empuse était une mante religieuse. Et pourtant mystérieusement une mante religieuse s’est glissée dans le récit et je ne saurais dire à partir de quel indice. Une autre personne a évoqué aussi en toute innocence une mante religieuse. D’autres ont fait le choix de mettre en scène une personne ou un animal différent.
C’est la spontanéité de l’écriture qui induit ces surprises. Alors oui, on peut parler d’un jeu.

La seconde consigne était : « Vous vous métamorphosez en un animal… » Un peu à la manière d’Alice au pays des merveilles.
La troisième consistait à replacer l’animal dans son milieu, j’ai préféré la forme d’un poème.

Voici, à titre d’exemple, ces trois productions.

Madame Empuse.

Elle était là, assise sur un banc, au bord de la route, tassée sur elle-même. Il pleuvait, un peu. L’asphalte était gris, grêlé comme une vilaine peau. Le ciel bas, plombé. Son ciel à elle, un grand parapluie de berger, couleur de suie.

Le regard était fixe derrière d’antiques lunettes rondes cerclées d’écaille dépolie. Son bras libre, celui qui ne tenait pas le parapluie, s’agitait de manière saccadée, décrivant des sortes de moulinets dans l’espace. Ses lèvres remuaient de manière compulsive, le cou tendu. Des incantations ? A qui ?

Tout à coup, le bras libre s’immobilisa, quelque chose venait de se poser dessus. Je m’approchai, curieuse de voir ce qui captivait son attention. Elle me lança un regard courroucé. Pour que je me tienne à distance sans doute !
Mais de là, je pus reconnaître la chose en question.

Puis son regard se voila d’une grande tendresse, des mots d’amour, suaves, caressants sortaient de sa bouche. Je n’osais rompre ce touchant tête à tête. La chose progressait sur son bras, en toute confiance. La tête de la vieille s’inclinait, oscillait en direction de la chose.

Enfin, exaspérée par ma présence silencieuse et néanmoins dérangeante, elle tourna la tête pour me dire d’un ton sec :
« Eh bien, voyons, c’est une mante religieuse ! »
Puis elle reprit son dialogue avec l’insecte tandis que le bijou vivant, vert et brillant, louvoyant dans les plis de l’étoffe grise et soyeuse, me fascinait.

S’agissait-il d’un insecte apprivoisé ?
Ma fille qui élève des mantes religieuses m’en a tant dit sur ces surprenantes créatures… Qui répondent paraît-il à leur nom, boivent au biberon et se laissent caresser avec volupté par le doigt timide de ma petite fille.

Colette,septembre 2011

La métamorphose

C’était  au mois d’avril, je crois. Nous gravissions la montagne de Lure, foulant l’herbe déjà haute qui n’avait pas encore été pâturée. Petite pause. Une envie irrésistible de me rapprocher de cette herbe bruissante d’insectes, fatiguée de soleil, empourprée d’orchidées, bousculée par la brise, s’empara de moi…

Je m’allongeai, faisant doucement mon lit, façonnant un creux moelleux, fixai le soleil, m’imbibai du bleu du ciel puis, éblouie, fermai les yeux, les rouvris à nouveau.

Dans mon champ de vision, à travers les rayures verticales d’une infinité d’herbes hautes, une sauterelle progressait laborieusement, sa démarche un peu hésitante, précautionneuse était si étrangère à ses bonds brefs, furtifs, bien ciblés, précis.

Je fermai les yeux à nouveau en même temps qu’une douce torpeur m’envahissait, paralysait mes membres abandonnés sur le sol. Je ressentis nettement des picotements dans les mains, dans les pieds. Mon corps lui-même s’amincissait, ma tête rapetissait, devenait plus légère, plus mobile, mes yeux grossissaient de ma tête articulée, devenaient loupes, des antennes jaillissaient. Je sentis de la puissance dans mes membres postérieurs, une irrésistible envie de bondir, de me détendre.

Maintenant, mon corps mince, gracile, uniformément brun, évoluait avec facilité dans cette forêt de brins d’herbe, escaladait les fragiles tiges de narcisses sauvages, titubantes sous la charge, montait à l’assaut d’une orchis pyramidale pourpre, explorait un circuit labyrinthique dans l’énorme soleil d’un chardon. Cette métamorphose ne m’effrayait pas, bien au contraire ! J’étais ivre de jeunesse printanière, de légèreté, de liberté. Je percevais distinctement le bruit rêche de mes pattes sur les brins d’herbe, le toucher velouté des coucous.

Un petit bond et …hop, changement de décor. Ici la rugosité des brunes écorces, là l’éclat aveuglant de l’or des orchis de Provence ou le sillage parfumé d’humbles narcisses…
Las ! Des cris s’élèvent, des voix m’interpellent. Ce sont mes amis qui reviennent, appareil photo en bandoulière,  fleurs dans les cheveux.

Le voyage est fini, j’émerge brutalement d’un si beau rêve.

Colette, septembre 2011

Dans mon pays…

Tassé au fond du vallon
Un village de modestes maisons
Montfroc est son nom
Dans mon pays…

Dans mon pays…
Une grande coulée d’herbe foulée, flétrie
Où les randonneurs ont imprimé la vie

Dans mon pays…
Une antique bergerie
De pierres mal équarries
Où s’aventure l’experte sauterelle
C’est le jas
Des Fraches

Un bouquet d’arbres drus où se cacher
Face à l’immensité
D’une mer
D’herbes
Ondoyantes
C’est encore mon pays…
De vert et de pierre

Deux géants qui se font face
Dans mon pays
De vert et de gris
Ventoux et Montagne de Lure
Entre les deux, il y a moi
Sous le soleil
Exactement

Colette, septembre 2011

 

 

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Du goût des vignes et des vins à la chambre d’hôtes

Des hôtes nous demandent pourquoi cette maison, qui n’est pas banale, pourquoi ici, alors que nous ne sommes pas originaires de cette région et que notre absence d’accent est vite repérable.

Une maison, à construire, à rénover, à transformer, c’est d’abord le choix d’un lieu, d’un environnement, quand ce choix est possible, qu’il n’est plus lié aux contraintes matérielles, financières ou professionnelles.
Une maison que l’on construit, comme la nôtre, c’est le résultat d’un souci d’ancrage dans un environnement choisi et c’est aussi une alchimie des maisons que l’on a connues, des maisons où l’on a vécu, des résurgences de l’imaginaire, des vestiges de l’enfance.

Le choix de cette région, c’est le mien. Depuis les années 80, je rêvais d’une maison en Provence, dans ce paysage de vignes et d’oliviers, proche du Ventoux et proche des Alpes du sud où nous avons passé de nombreuses vacances.
Il se trouve que mon frère aussi, un peu par hasard, pour des raisons professionnelles, habite une région de vignes qu’il aime beaucoup sillonner en vélo, le Saumurois.
J’aime cette belle ordonnance des pieds de vigne, soigneusement taillés en hiver, débordant de vitalité en été, ce paysage régulier, porteur de sérénité, brun en hiver, vert au printemps et en été, couleur de feu à l’automne.
J’aime la lente procession des remorques chargées de grappes au temps des vendanges, cette prodigalité en devenir, l’odeur forte de moût de raisin à proximité des caves pendant la vinification.
J’aime déguster les vins, les humer, les tourner en bouche, chercher des mots pour les définir, saisir ces sensations fugaces, à l’ombre, dans un caveau, sous le regard attentif du viticulteur quand, dehors, le soleil écrase tout.

Mon grand-père était négociant en « Vins et Spiritueux », comme on disait à cette époque, son père l’était avant lui.
Ernest, mon arrière grand-père était torréfacteur et tenait une épicerie de quartier, à Paris, dans le 15e, où il fit de bonnes affaires, au tournant du 19e siècle. A la naissance de mon grand-père, Raymond, enfant unique, enfant chéri, ils décidèrent de fuir à la campagne pour lui éviter les miasmes de la capitale. Ils achetèrent, dans un petit village, à quarante kilomètres de Paris, une maison ayant appartenu à l’amiral Dumont d’Urville et s’établirent là en reconstruisant une maison plus grande, flanquée de bâtiments, des magasins disait mon grand père, pour le négoce du vin.
Plus tard, Ernest céda cette maison à mon grand-père, fit construire dans le même village un petit pavillon de type 1900 pour lui et son épouse Elise. Autour de cette toute petite maison, un jardin, qui avait gardé, quand je l’ai connu, des vestiges très méditerranéens comme les bambous, les buis, les agaves. Il lui a donné pour nom « Villa Vincenzo ».
D’où Ernest tenait-il ce goût pour le sud ? Peut-être d’un « tour de France » accompli dans sa jeunesse et débordant un peu vers l’Italie, comme c’était la coutume, avant 1900.

J’ai connu, quant à moi, cette « grande maison » comme l’appelaient les gens du village, dans mes toutes premières années, chez mes grands parents Raymond et Suzanne.
Cette maison est la seule qui ait marqué mon enfance. Elle était très grande avec des pièces habitées au quotidien, d’autres, plus mystérieuses, utilisées lors des fêtes comme la grande salle à manger au plafond décoré d’angelots à l’italienne et des chambres qui n’étaient plus utilisées quand j’étais enfant, lourdes de ces vieilles choses statiques et d’une forte odeur de renfermé, des pièces qui faisaient rêver comme « la chambre des bouchons » dont j’aimais tant l’odeur et la vue sur le jardin…
J’aimais me perdre dans cette grande demeure, suivre mes grands parents dans les nombreux escaliers, les caves, les greniers, le hangar abritant le pressoir pour les pommes à cidre, un grand jardin avec ses coins bien spécifiques : jardin dit «d’agrément», potager, plantation de tilleuls, rucher, poulailler, verger.
Dans une cave très sombre siégeaient d’immenses tonneaux : des foudres, des muids et des demi-muids, des noms que mon imaginaire enfantin associait à nuit… minuit, chargés d’obscurité et de mystère. Plus tard, en visitant une cave de vin d’Irouléguy, au Pays basque, une odeur forte de fermentation m’a donné le vertige, m’a sidérée. Cette « petite madeleine » faisait resurgir brusquement des moments de vie dans la maison de mes grands parents et me submergeait d’émotion…
Mon grand père remuant un tonneau contenant de l’eau chaude et une lourde chaîne reliée à la bonde pour le nettoyer, le bruit sourd des tonneaux roulés sur le pavé de la cour, l’odeur des mèches de soufre que l’on faisait brûler dans les fûts avant de les remplir pour les désinfecter et en chasser l’air.
Je me souviens aussi d’avoir accompagné mon grand père dans la cave personnelle, celle dite «des vins fins » pour choisir les bouteilles destinées au repas de famille, sa seule participation aux tâches de réception ! Il les prenait délicatement, les retournait, soufflait sur la poussière de sable pour lire l’étiquette, les commentait, me demandait mon avis, hésitait encore et remplissait finalement le panier en fer après moult tergiversations.
J’aimais particulièrement les bouteilles de Monbazillac, capsulées d’étain peint en jaune vif, froissé sur le goulot. De celui-là, j’aurais le droit de goûter une gorgée, à condition d’être un peu loin des regards parentaux et sous celui protecteur et initiateur de Raymond.

Ainsi de notre actuelle maison, « Sucmiei », une grande maison, faite de plusieurs parties, à cause du dénivelé sur lequel elle est bâtie, avec de nombreux coins que mes petits enfants adorent, un jardin morcelé où chaque endroit a une ambiance spécifique, dont l’entretien nécessite les soins quotidiens de Bernard, mon mari, pendant la belle saison.

Enfin dans la maison de mes grands parents, on recevait beaucoup, les amis, la famille.
Après les « garden parties » d’Ernest qui invitait ses amis parisiens pour le week-end, en allant les chercher en voiture à chevaux à la gare distante de dix kilomètres, mes grands parents poursuivirent la tradition. On dansait le Quadrille des Lanciers au son du phonographe. Le champagne blondissait les coupes de cristal ciselées ou les plus rustiques flûtes en verre épais de bistrot, sur des tables dressées sous les tilleuls. Plus tard, ma grand mère Suzanne partagea ces trésors de verres. Très active, elle savait cuisiner, en particulier le gibier, que Raymond rapportait de la chasse. Elle savait recevoir avec talent et efficacité. Elle savait aussi, selon sa fantaisie, changer les meubles de place, coudre rideaux et dessus de lit, jardiner, confiturer, composer des bouquets en toutes saisons et tisser des boules de cerises qui ornaient la table de fête de taches pourpres.

Elle eut aussi une « chambre d’hôte », comme on dirait aujourd’hui, logeant l’instituteur ou l’institutrice de l’école voisine et, pendant la guerre, contrainte de le faire, un officier allemand, pasteur de son état, un homme pacifiste, entraîné malgré lui dans la guerre, occupant discret, respectueux ! Il parlait assez bien le français et voulut apprendre l’allemand à ma mère qui refusa.
A mon grand étonnement, ma grand-mère nommait une des chambres « chambre de Marie Féral » et ce nom d’une personne que je n’avais pas connue, dont j’ignorais même qu’il fût le nom d’une personne, emballait mon imagination. Y avait-il, dans chaque maison, une chambre « mariféral » ?

On ne répondait pas toujours à mes questions, les adultes sont si occupés ! Et puis j’étais tellement bavarde et curieuse. La question : Qu’est ce qu’il y a au-dessus, au-dessous, derrière ce mur, agaçait prodigieusement ma grand mère. Je m’en suis souvenue et j’ai prêté une oreille attentive à Hugo, mon petit fils, qui essayait lui aussi de comprendre la structure de notre maison sur quasiment six niveaux. Nous avons tout visité, main dans la main, y compris la cave et les cagibis et cela l’a rassuré. Comme il a une bonne organisation spatiale, il ne l’a pas demandé deux fois.
Avec Juliette, j’ai fait ce même parcours, au jardin. Pratiquant le français et l’anglais, elle voulait connaître les deux noms des plantes, basilic/basil, romarin/Rosemary, glycine/wisteria, laurier/laurel.

Lors de la vente de la maison de mes grands parents, j’avais à peine huit ans. Cette maison était inhabitée depuis plusieurs années et à l’occasion de la dernière visite, consciente de l’importance de ce moment, j’avais entraîné mon frère Gérard, plus jeune de quatre ans, à parcourir toutes ces pièces … pour qu’il s’en souvienne lui aussi. A mon grand dam, il n’en a gardé aucun souvenir.

 

Dans cette maison, il y avait aussi une cloche, dont j’avais un vague souvenir et que je retrouve sur des photos anciennes, à droite de l’escalier menant à la cuisine. Je rêve aujourd’hui d’en accrocher une pour rassembler ceux qui se sont égaillés dans la maison du haut ou dans celle du bas, dans le jardin ou dans la colline, quand vient l’heure du repas et qu’on bat le rappel.
C’est Frédéric, mon fils, perché sur le rocher, bien haut sur la colline, parti discrètement , qui signale sa présence à grands gestes, à grands cris, pour attirer l’attention de Juliette et Hugo, mes petits enfants.

Nous, nous voulions aussi de l’espace, que le regard puisse se perdre jusqu’à la ligne d’horizon, nous voulions être au cœur du village mais protégés des regards indiscrets.
Bernard, qui aime aussi jardiner, voulait un jardin où dépenser son activité de jeune retraité. Nous voulions partager cette maison avec des hôtes en préservant l’espace, le confort et l’intimité de chacun. Nous voulions aussi une piscine pour le bonheur estival de nos petits enfants.
A Bernard, il manque les rivières abondantes de son pays d’enfance. Il jauge toujours la quantité d’eau que charrient celles d’ici comme l’Ouvèze ou l’Aygues et leur donne parfois, avec une pointe de dépit, au moment des basses eaux, le nom infâmant d’«oued ».
Il a troqué son goût des vertes prairies de l’ouest, ondoyant sur les rives de rivières où abondait le poisson, pour celui des « jardins gris » aux essences méditerranéennes s’adaptant bien à la sécheresse, ménageant tout de même une part de ses soins attentifs et rituels à la pelouse de la terrasse principale, dont il extrait scrupuleusement, à la main, les herbes intruses. Encore une réminiscence de jeunesse.
Le père de Bernard, Fernand, était en effet un jardinier talentueux, il passait de longues heures de loisir, à soigner les légumes du potager, à tailler la cinquantaine d’arbres fruitiers du jardin, par goût et par nécessité aussi. Botaniste averti, il connaissait les noms de toutes les plantes et était incollable sur les cycles de végétation, les greffes et la taille. Ainsi il fallait scrupuleusement respecter les cycles bio-dynamiques, un mot non pratiqué à cette époque, mettre le cidre à fermenter à la lune montante et en bouteille à la lune descendante. Cette passion du jardinage lui faisait sans doute oublier le dur labeur qu’il dut accomplir toute sa vie.

Ainsi est née Sucmiei, fruit du hasard en partie, associée à l’histoire familiale autour du goût pour le vin, les grandes maisons, l’accueil, le goût des autres, des grands espaces et du jardinage. Cette maison est pétrie de nos imaginaires et des transmissions générationnelles, elle satisfait des désirs enfouis pendant de longues années puisque notre précédente maison, celle où les enfants ont grandi, était compacte, entourée d’un joli mais tout petit « jardin de curé », sans horizon, sous le ciel gris blanc d’Ile de France, proche tout de même de la paisible forêt de Rambouillet.
Cependant… Pour nos enfants, cette précédente maison restera sans doute dans leur imaginaire, riche des souvenirs d’enfance et de jeunesse.
J’ai été très touchée par la tristesse de Juliette, alors âgée de trois ans, au moment de quitter la maison, à la fin des vacances et qui, entre deux sanglots, disait « mais enfin Granny, on pourrait rester, elle est grande ta maison ». Il faut être grands parents pour comprendre ces chagrins-là.

 

 

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Du mont SEREIN à la maison forestière de BRANTES

Par le Bois Marou

(Cet itinéraire fait partie d’un itinéraire classique pour faire depuis Brantes l’ascension du Ventoux, via le GR9 puis le GR4 du Mont Serein au sommet).

Cette balade demande une petite organisation et une voiture … avec chauffeur !

Bien repérer l’itinéraire sur la carte IGN au 1/25 000 : Ventoux 3140 ET.

Nous sommes 4 ce mardi, quittant Séguret vers 9H.
Nous montons vers la station du Mont Serein. Là notre chauffeur dépose les 3 autres près du terrain de camping.
Les 3 « descendeurs » prennent la direction du Contrat puis l’entrée du GR9 dans le sens de la descente et le suivent jusqu’à la rencontre avec la route forestière.

6km, 600m de dénivelé, 2h de marche.

Pendant ce temps, le 4e, le chauffeur se dirige en voiture vers Brantes où il laisse la voiture au parking de la maison forestière. 43km de trajet en passant par Malaucène, Entrechaux et la vallée du Toulourenc, en direction du hameau des Bernard.
Le 4e, devenu « grimpeur » suit la route forestière jusqu’à la rencontre du GR9.

3,500km, 200m de dénivelé, 1h de marche.

Ensuite, tous les 4 redescendent la route forestière en direction des Bernard, hameau de Brantes.

La première partie de la descente par les 3 marcheurs de descente est superbe. On marche sur un sol souple, à couvert, avec un éclairage en clair-obscur à travers les feuillages. On y rencontre de très vieux hêtres aux formes tortueuses, de nombreuses fleurs, lavande sauvage, marguerite, bleuet. On y écoute le chant des oiseaux. On y respire les essences aromatiques, l’odeur forte des résineux et, plus bas, celle piquante des buis. C’est aussi l’occasion de profiter de belles échappées sur la Combe de Fonfiole en contre plongée ou vers la vallée du Toulourenc en contrebas et les montagnes sur l’autre rive.

La descente commune aux 4 marcheurs est facile, sur un chemin forestier bien dégagé, plus exposé au soleil, tranquille mais un peu monotone.
L’avantage de cette organisation est de faire une marche facile, 800m de dénivelé en descente, aisée pour des marcheurs moyens (ou handicapés comme moi).

Au final, 9,600km de distance, 800m de dénivelé, 3h de marche à la descente.

Une autre possibilité est de suivre le GR9 jusqu’au bout. Son tracé qui suivait celui de l’actuelle route forestière a été modifié depuis l’existence de celle-ci, sans doute pour le rendre plus attrayant.
Si on suit le GR9 jusqu’au bout, on arrive au hameau des Bernard, à 1km plus bas que le parking de la maison forestière.

Si on opte pour la fin de la descente par la route forestière, quitter le GR9 au bon endroit en prenant à droite au lieudit des Rouyères, le GR9 continuant vers la gauche.

Quelques conseils :

La descente complète durant 3h, il est préférable de partir tôt de la station du Mont Serein pour ne pas se retrouver sur la route forestière, plus exposée, en plein soleil, à 13h ou 14h (après 2h de marche).

En quittant le parking de la maison forestière, on peut suivre la route, par le hameau des Bernard, en direction du village de Brantes (accès à gauche à partir de la route principale), monter jusqu’en haut du vieux village médiéval de Brantes, garer la voiture et continuer à pied par les calades qui traversent le village jusqu’à « La Poterne », un lieu de restauration situé au-dessous du château, près de la chapelle, où il y a une superbe vue sur le Toulourenc. Les collations sont servies sur une petite terrasse attenante à une vieille maison de village, si pleine de charme qu’hier, quand nous sommes arrivés, c’était complet ! Par conséquent, réserver à l’avance si vous voulez profiter de cette belle halte.

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Le livre Inter 2011

Cette année, pour la seconde fois, je participais au jury du Livre Inter 2011, « Cuvée vaisonnaise ».
Il m’a fallu un peu de temps pour digérer ma déception après la proclamation du gagnant:

Olivia ROSENTHAL pour « Que font les rennes après Noël »

L’un des plus mauvais ouvrages selon moi, voire le plus médiocre, 4 points en tout attribués par le jury vaisonnais. Chacun de la trentaine de participants attribuant 3 plus 2 plus 1 (points) aux 3 ouvrages sélectionnés.

Ce n’est pas un roman, plutôt un ouvrage inclassable qui met en miroir des épisodes narcissiques de l’enfance de la narratrice, comme des fragments autobiographiques et des épisodes mettant en scène des animaux, leur traitement en captivité, les expériences dont ils sont l’objet, la législation sur les animaux, émanant de la narratrice devenue adulte et biologiste.
Un sujet intéressant en soi mais traité de manière superficielle et partiale avec une alternance de chapitres très brefs. Cette rupture répétée agace et provoque un désintérêt pour le sujet.
Grogne et narcissisme !

Pourtant la sélection était plutôt prometteuse. Que s’est-il passé cette année lors de la délibération du jury Livre Inter 2011 ?

Quant à moi, ma préférence allait à « Enlèvement avec rançon » de Yves RAVEY, ouvrage que j’ai eu le plaisir de présenter à Vaison.

C’est le 13e roman d’un auteur discret qui écrit aussi beaucoup pour le théâtre.
Une belle fiction, bien menée, comme un thriller. Un enchaînement inéluctable qui mène à la mort comme un rite cruel, un dénouement de tragédie antique. Un univers implacable, sans pitié, sans compassion où ce qui peut apparaître pour des invraisemblances est plutôt l’expression d’un réalisme exacerbé, caricatural.
Un style épuré, minimaliste et une écriture puissante.
Une description minutieuse et fine des faits et gestes des personnages, des détails du paysage et de l’environnement qui sont partie intégrante de l’action.
On se prend à le relire pour s’attarder sur un mot ou un geste qui seront des indices pour décrypter les événements futurs.
Les sentiments ne sont jamais exprimés, ils sont à lire dans les gestes, les comportements, les relations des protagonistes d’un drame qui se joue sans bruit, presque sans parole.
Il n’y a pas de personnages sympathiques, seulement des meneurs et des suiveurs engagés dans un processus destructeur. La morale est absente aussi, rien n’arrête ce déferlement de violence et comme dans « Balle de match » de Woody Allen, le dénouement semble favorable au plus criminel, au plus pervers…

J’ai bien aimé aussi dans la sélection proposée :

« Le cœur régulier » d’Olivier ADAM
« Le siècle des nuages » de Philippe FOREST
« Le testament d’Olympe » de Chantal THOMAS
« Des femmes disparaissent » de Christian GARCIN

Que s’est-il passé cette année au jury du Livre Inter ?
Le jury a délibéré sous la présidence d’Amin Maalouf qui, lors d’une interview, après la proclamation des résultats, a défendu la lauréate avec un manque de conviction palpable…

Trop déçue par ce choix incompréhensible, je m’abstiendrai de participer au jury du Livre Inter 2012, « cuvée vaisonnaise ».
Je fais davantage confiance aux critiques littéraires, aux libraires dignes de ce nom et à mon intuition pour que la lecture et la découverte de nouveaux ouvrages continue d’être un plaisir !

 

 

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La Nuit des nouvelles

C’était hier, à Carpentras, à la Librairie de l’Horloge, proche de la tour éponyme. Françoise Bascou proposait une nouvelle Nuit des nouvelles.

La précédente avait eu lieu fin 2010, c’est à dire avant que je ne découvre cette superbe librairie. L’objectif était de présenter les recueils de nouvelles parus dans l’année. Dans chaque recueil, une nouvelle était choisie et lue par l’un des quatre lecteurs qui se relayaient : Eliette, Lucie, Louis et Françoise Bascou. Il était possible aussi de réserver un plateau repas à consommer lors d’une pause, au prix modique de 11€.

20 nouvelles étaient proposées avec la possibilité d’assister à 1, 2, 3 ou 4 séances séparées par des pauses. Nous en avons entendu 15 et n’avons pas pu, malheureusement rester jusqu’au bout, Bernard et moi, afin d’être fonctionnels pour nos hôtes, ce matin.

Ce fut vraiment un moment de grâce !

60 personnes ou plus étaient là, on en attendait moins. Il fallut se pousser, se serrer un peu dans cette grande salle du premier étage, celui des « Poches » où chaises et tabourets se côtoyaient en rangs serrés, il faisait chaud aussi. Et pourtant, quelle ambiance, quelle sérénité dans tous ces regards focalisés sur le lecteur ou perdus dans un rêve intérieur.

Quelle attention, quel respect, quel partage des émotions et des mots, ces mots qui ont gagné en puissance dans le dire du lecteur et dans l’écoute des auditeurs.

Des nouvelles drôles, tragiques, cocasses, cruelles ou tendres, parfois incompréhensibles comme « L’amour, le vrai », mais qu’importe…

Une fée légère, élégante, souriante et espiègle s’activait, veillait aux mots et au grain, tour à tour, lectrice ou hôtesse, orchestrait les mouvements entre rez-de-chaussée et premier étage, distribuait repas et boissons. Cette fée était habillée de bleu, de bleu nuit justement. Est-ce un hasard ?

Aujourd’hui des moments de cette soirée fusent, comme des flashs. Ils feront désormais partie de ces nouvelles que j’ai envie de lire, toutes, et leur feront comme un écrin magique.

Le pique-nique insolite et si convivial entre les rayons de bouquins, assis par terre ou juchés sur des piles de livres.

L’écoute de cette nouvelle L’espérance sous le domino vert où, depuis le fond de la salle, j’étais fascinée par cette pièce et son occupation incongrue, les murs latéraux tapissés de bouquins, au milieu une foule bien dense de fidèles écoutant religieusement et à l’autre extrémité, donnant sur la rue, deux fenêtres étroites et symétriques, fermées de volets à lames, typiques des maisons anciennes. Cette librairie est dans un quartier de la vieille ville. Je songeais à une discussion avec un hôte, la semaine dernière, qui affirmait que les murs enregistrent tout… Alors, après l’histoire vécue de cette maison dont j’ignore tout, je me disais que les murs avaient dû, hier soir, se recharger d’énergie positive !

Ou encore, durant une pause, au rez-de-chaussée, j’ai croisé furtivement le regard de passants qui s’attardaient derrière les grilles et s’étonnaient de cette fête singulière.

Ou encore Françoise Bascou, gravissant lentement et précautionneusement les marches pour éviter qu’elles ne craquent, se baissant puis exhibant au bout d’un doigt tendu une chose minuscule qu’elle déposa avec délicatesse sur un tabouret : un tout petit escargot !

Ces marches justement que des spectateurs attentifs et courtois, qui se déplaçaient à contretemps, s’efforçaient de ne pas faire craquer et qui craquaient tout de même, comme une ponctuation délicieuse et coquine du texte lu.

Paris est, comme chacun sait, le fief des éditeurs, des événements littéraires. Aujourd’hui, un jury délibère pour l’attribution du « Livre Inter 2011 ». Mais ici, à Carpentras, il y avait cette nuit un autre événement littéraire : une soixantaine de personnes de tous âges, bien serrés les uns auprès des autres qui partageaient un moment de grâce, le plaisir de dire ou d’écouter des mots, des histoires, le plaisir de rêver.

« De Paris à Carpentras, nan ni, nan ni,
De Paris à Carpentras, nan ni pas »

Sans compter que le plaisir ne s’arrête pas là. Il y a 20 nouveaux recueils pour les aficionados de nouvelles, 20 bouquins « sur la planche », à choisir, à lire, en solitaire cette fois.

Pour ma part, voici les nouvelles que j’ai préférées :
De Isaac BASHEVIS SINGER , Hechele et Anele
De Dominique Louise PELEGRIN, L’espérance sous le domino vert
De Ygit BENET, Piqué au vif
De Mia COUTO, Les yeux des morts
De Annie SAUMONT, Tais-toi
De Serge PEY, Le linge et l’étendoir

Et ci-joint la liste complète des ouvrages proposés.

Merci à Françoise Bascou et à son équipe pour l’initiation et la réalisation de cette rencontre.
Merci aux lecteurs qui ont théâtralisé avec talent ces textes nous rendant avides de les lire.
Merci enfin et bravo pour cette atmosphère qu’ils ont su créer, qui est la marque de cet événement, lié à une conjonction d’ingrédients comme la culture, le talent, la simplicité, le charme au sens fort et le goût des autres.

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Banon et la Montagne de Lure

Lundi 9 mai, nous quittons Séguret pour aller à Banon, dans les Alpes de Haute Provence.
Nous passons par Vaison, Entrechaux, la vallée du Toulourenc, Aurel et Sault.
De Sault, nous prenons la direction de St Trinit, qui est juste aux confins de 3 départements : Le Vaucluse, la Drôme et les Alpes de Haute Provence.
A noter que St Trinit est proche du plateau de Ferrassières où les champs de lavande sont en pleine floraison en juillet. A ne pas manquer !
Nous gagnons Revest-du-Bion puis Banon.
1h jusqu’à Sault
1h 40 jusqu’à Banon

Librairie le Bleuet à Banon

A Banon, nous ne manquons pas de faire une brève visite à la fameuse librairie : Le Bleuet, où les Giono sont en bonne place (pendant que les pizzas sont en préparation, à la brasserie du village).
(Voir : http://panoramas.over-blog.fr/article-librairie-le-bleuet-banon-61960709.html )

Le site de la librairie : de vieilles maisons de village réunies, avec un bleuet géant peint sur la façade, des salles en enfilade, à l’étage encore d’autres salles, un lieu paisible, un temple du livre.
Une profusion de bouquins sur tous les thèmes, de quoi satisfaire les plus exigeants ! C’est ouvert de 9h à 19h.
Tout à fait étonnant dans ce si petit village. Une anti-FNAC où je me promets de retourner pour y passer plus de temps.

Notre projet étant de grimper sur la Montagne de Lure, nous revenons en arrière de quelques kilomètres pour prendre, à l’entrée de Banon la direction de Contadour.
Nous suivons cette route sur 8 km environ, jusqu’au bout de la route goudronnée.
Nous laissons la voiture à Tinette pour suivre à pied le GR de pays « Tour de la Montagne de Lure », balisé d’une marque rouge et jaune.
Sur la route, des lilas géants, des murs de verdure surchargés de somptueuses grappes violettes et odorantes. Aurait-on fait un concours de lilas dans les fermes qui jalonnent la route ?

Nous marchons, tantôt sur le chemin, tantôt dans l’herbe si douce et déjà haute du printemps. Cette herbe qui n’a pas encore été foulée par les marcheurs, ni pâturée par les troupeaux de l’été. Le paysage s’élargit, des pelouses alpines à perte de vue mais le sommet de la Montagne de Lure est encore bien caché.

Extrait :
« En avril 1935, il (Giono) publie Que ma joie demeure qui connaît un grand succès, particulièrement auprès de la jeunesse. Ce titre est une allusion explicite à la cantate de Jean-Sébastien Bach, Jésus que ma joie demeure, par laquelle il souhaitait exprimer sa foi en une communauté des hommes, par-delà les religions (cf.la préface des Vraies Richesses). Giono et quelques amis, bloqués accidentellement dans le hameau du Contadour lors d’une randonnée sur la montagne de Lure, décident, subjugués par la beauté des lieux, de s’y retrouver régulièrement : ainsi naissent les Rencontres du Contadour. C’est l’époque de la publication de l’essai Les Vraies Richesses, dédié aux habitants du Contadour. »
(In Jean Giono, Wikipédia)

Voir aussi : http://www.dossierfamilial.com/loisirs/voyages/dans-les-pas-de-giono-la-montagne-de-lure,5812

Nous découvrons une magnifique bergerie ancienne en pierre sèche qui a été restaurée dans les règles de l’art et qui est maintenant classée « monument historique ».
Basse, trapue, si belle dans ce paysage désert, épuré. A l’intérieur du bâtiment principal en longère, une succession de 4 arcs, jointoyés au mortier, scande l’espace, entre ces arcs, des coupoles de pierres sont assemblées sans mortier. Une structure traditionnelle que nous retrouverons dans d’autres bergeries.
C’est le Jas des Terres du Roux.

De près, de loin, cet édifice émerveille. Rien d’autre que cette harmonie faite de la rencontre de deux matières, végétale et minérale : l’herbe de la pelouse alpine et la pierre plate arrachée à la terre, la rencontre aussi du geste ancestral qui assembla patiemment, pour le plaisir de l’œil et d’abord pour la protection du troupeau, des tonnes de pierres.

Nous en verrons d’autres sur le chemin, comme celles du Jas des agneaux ou celle des Fraches, sculptures hiératiques, ruines émouvantes, qui font rêver à leur vie passée.
Cela me fait penser à un merveilleux bouquin Elias Portolu écrit par une romancière italienne, Grazia Deledda, dans les années 1900 dont l’histoire se situe en Sardaigne et qui suggère si merveilleusement la vie pastorale, la solitude du berger, la sagesse et la folie de ces hommes, exacerbée par les rudes conditions de vie, histoire qui aurait pu aussi bien prendre place sur la Montagne de Lure.

Ce qui surprend et fascine dans ce paysage, c’est la prédominance de la ligne courbe. Aucune arête dans l’assemblage des pierres, les courbes douces de la construction épousant l’épaulement de la colline. On imagine encore les échines rondes et laineuses des moutons, la large cape du berge flottant au vent, son profond parapluie noir, ou encore la ronde des chiens resserrant le troupeau, les taches oblongues et colorées des fleurs naines qui parsèment la pelouse alpine.


Tout ici suggère la paix et l’harmonie, rien ne blesse le regard.

Il faut aussi parler des fleurs. Nous regardons où nous posons les pieds pour ne pas écraser les délicates orchidées, orchis de Provence, jaunes, orchis pyramidales blanches ou pourpres, les narcisses sauvages, une multitude de coucous, de gros chardons, comme des soleils, au ras du sol.

Nous finissons par atteindre les crêtes, au-dessus du village de Montfroc, à l’horizon, le Ventoux mais le sommet pointu de la Montagne de Lure est encore loin. Il faudrait quelques heures de plus pour l’atteindre.

Sur la montagne de Lure. Au loin le Ventoux

Le temps de faire quelques photos, de s’allonger dans l’herbe, yeux fermés, pour souffler mais surtout pour goûter à ce matelas d’herbe tendre, écouter le vent, respirer le parfum des narcisses. Quelle qualité de silence ! Voilà la saison idéale pour faire cette randonnée.

Ruines du Jas des Fraches

Nous revenons jusqu’à Tinette par le Jas des agneaux et Les Fraches, en silence, dispersés, ravis, gavés de sensations que l’on partage sans les dire.
Trois heures et demie de marche facile entre 1200 et 1400m d’altitude environ, peu de dénivelé.
L’excursion peut se faire aisément dans la journée, en prévoyant un arrêt à Banon pour déjeuner sur la place du village ou bien encore en emportant son pique-nique (et en rapportant ses déchets bien sûr pour ne pas polluer ce lieu merveilleux).

Au retour, il est possible aussi de s’arrêter à Sault où l’on trouve à se restaurer simplement, au centre du village, sur les terrasses dominant les champs de lavande et d’épeautre de la vallée.

Lavandes près de Contadour

 

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