Mai en Provence

Il a plu cette nuit, il pleut encore ce matin et des orages sont attendus dans la journée.

Et pourtant…

J’ai appris à goûter ici la pluie que je détestais tant en région parisienne et qui me mettait de mauvaise humeur pour toute la journée.

Ce matin, à l’heure du petit déjeuner, une douceur, une paix indicible enveloppait la maison, le jardin, les collines mouillées et l’horizon comme estompé. Il pleuvait une petite pluie fine et drue et, en regardant le jardin, il me semblait boire cette eau en même temps que les plantes. Cette lumière atténuée est si rare ici qu’elle magnifie le jardin mouillé, exhale le parfum des jasmins qui tapissent les murs, assourdit les bruits extérieurs faisant pétiller les chants des oiseaux. Tout se resserre, cet horizon si large où le regard se perd et que j’apprécie tant d’habitude, devient comme une enveloppe, une seconde peau.

Accoudée à la balustrade de la piscine, sur la plus haute terrasse, je regarde et je savoure mon plaisir. Quel spectacle ! tout est en fleurs : les santolines et les verveines mauves, les lilas d’Espagne, les sauges et puis surtout les jasmins et les premières fleurs des lauriers blancs. Les chênes verts pleurent leurs chatons dorés et de minuscules et délicates fleurs éclairent les oliviers.

… Parler de la pluie et de ses charmes n’était pas tout à fait l’objectif de ce message.

Désolée de répondre négativement à des demandes de réservation pour les week-end du 1er mai, de l’Ascension, du 14 juillet, j’ai envie de vous inciter à faire un séjour en Provence, si vous le pouvez, en-dehors de ces dates très recherchées !

D’une part, l’hébergement en chambres d’hôtes est toujours limité, 2 chambres en ce qui nous concerne, d’autre part la circulation dans la vallée du Rhône et aux sorties des grandes villes est toujours perturbée à ces dates-là, enfin il vous sera aussi plus difficile de dîner dans le restaurant de vos rêves sans réservation préalable.

Et surtout, j’ajouterai que mai et juin sont en Provence deux mois délicieux. Les journées sont longues, les couchers de soleil superbes, toute la végétation est en plein épanouissement. La semaine dernière, en montant au domaine viticole de Mourchon en haut de Séguret, j’ai été émerveillée par ces tapis de fleurs bleues dans les Dentelles, campanules?

C’est justement la période idéale pour randonner dans les Dentelles à pied ou en VTT pour découvrir dans les sous-bois ces dizaines de fleurs sauvages, des tapis souvent unicolores qui se juxtaposent, chacun d’entre eux apportant la couleur de sa variété de fleur sauvage.

Je suis une inconditionnelle de cette fin de printemps ou début d’été ici et j’ai envie de vous faire partager cette passion !

Pourquoi pas un petit break, un week-end lambda ou en semaine ?

La route sera libre, tous les partenaires touristiques seront disponibles, attentifs à vos demandes et soucieux de vous aider à réussir votre séjour.

Et puis n’est-ce pas grisant cette idée d’escapade à contre temps, une parenthèse dans le cadre des horaires de travail contraignants, des préoccupations quotidiennes ?

Si le temps que vous pouvez consacrer à ce moment de détente est court, vous pouvez choisir la solution TGV (2h 40 de Paris) et louer une voiture sur place pour « baruler » tranquillement selon l’expression provençale sur des routes ou des sentiers peu fréquentés et vous arrêter où bon vous semble.

La pluie, rare et donc précieuse, dont je faisais l’apologie au début de ce message est plutôt peu fréquente ici et l’averse précède le soleil, j’en veux pour preuve l’éclaircie qui s’annonce déjà comme j’achève ce message.

Alors à bientôt, en Provence, au printemps.

 

 

 

Publié dans Vivre à Sucmiei | Commentaires fermés

La Chapelle d’Aubusson

Promenade à pied, depuis notre maison, jusqu’à la chapelle d’Aubusson, au sommet de la colline du même nom.

Nous empruntons la rue de la Chapelle Notre Dame des Grâces, qui commence juste à côté de notre maison.

Nous suivons le GR4, environ 20 minutes, puis nous l’abandonnons en suivant, à droite, un sentier aux marques jaunes, qui grimpe sur la colline.

C’est un chemin ombragé, sous le couvert , des restes de restanques témoignent des cultures pratiquées ici autrefois : des oliviers en terrasses. Les buis abondent, sculptures baroques, odorantes, qui gagnent sur le chemin.

Puis le sentier devient raide, de hautes marches dans les rochers. Le temps d’une petite halte pour dominer du regard la vallée de l’Ouvèze et les villages sur l’autre rive, au-delà des falaises qui la bordent, les collines des Baronnies encore poudrées de neige.

La fin de la montée est raide, les marches dans les rochers bien hautes, un peu essoufflée, je lève la tête. Le sentier est à nouveau à découvert et la silhouette de la chapelle se détache dans le ciel, arrimée au rocher. Un ovale parfait de pierres grossièrement assemblées.

Et pourtant cette chapelle vide, désaffectée, aux murs intérieurs couverts de graffiti exhale encore quelque chose de divin. Une grille robuste, aux fers pleins, aux soudures délicates, la clôt. Le claveau de la porte d’entrée indique une date : 1771. On sait peu de chose de son origine, chapelle votive ou commémorative ?

Autrefois, les jeunes communiants s’y rendaient en pèlerinage. Aujourd’hui, assise sur l’esplanade au soleil de ce milieu d’après-midi, je rêve comme chaque fois que je m’arrête ici à l’atmosphère, autour de la chapelle qui doit être tellement différente, la nuit ou bien sous la neige, sous les violentes averses d’automne ou dans la tourmente d’un violent mistral.

D’ici, on domine tout, une vue à 360°. D’ailleurs, à l’époque médiévale, une tour de guet était érigée à cet endroit. Devant nous, en direction du sud, la colline de Suc-Mielh, massive, totalement verte, présente sa face nord ; notre maison est sur l’autre versant.

En descendant, pour rejoindre la route du Mourchon, Bernard remarque les petits lopins de vigne dont les ceps, semblables à des bonsaïs, épousent les courbes du relief. Quelques rangées, de ci, de là, autrefois on utilisait la plus petite surface cultivable et ces plages graphiques continuent de rythmer le paysage.

La descente est rapide et aisée, nous rentrons par la route jusqu’à la carrière devenue parking.

Où que l’on soit, depuis la route de Vaison ou des hauteurs environnantes, cette chapelle est un peu comme un phare, elle a donné son nom à cette colline, elle en est l’âme. Elle permet aussi de l’identifier et de situer la colline de Suc-Mielh, entre la colline d’Aubusson et celle du village.

Encore que les choses ne soient pas aussi simples et que la toponymie s’égare un peu sur des pistes différentes. Successivement en provençal et en français : lei Bessons, lo Besson, Aubusson, le Besson, Notre Dame d’Aubusson. On trouve aussi dans le cartulaire de Roaix, Bertraz d’Albuzo et Vienna D’Albuzun. Nom de lieu ou nom de personne ? Enfin selon l’interprétation occitane, lo Besson signifierait montagne jumelle de Suc-Mielh ou Suc-Miei. Ces deux collines jumelles ayant à peu près la même hauteur, 428 et 424 m.

Pour que des lieux existent dans notre pensée, il leur faut un nom, une histoire, c’est ainsi que nous humanisons des paysages qui ensuite nous renvoient bien d’autres choses, subtile osmose entre l’homme et son environnement.

 

Publié dans Balades et découvertes | Commentaires fermés

Le Ventoux dans tous ses états

Hier soir, 18 h, nous quittons la maison pour une balade en voiture, pour oublier le stress des travaux sur la façade.

Le but est à deviner. Est-ce que ce sera le Tour des Dentelles par Suzette ou bien la vallée des cerisiers vers Beaumont du Ventoux ? Non.

Après Malaucène nous prenons la direction du Ventoux pour profiter d’un reste de jour sur les hauteurs. La journée a été splendide, du soleil comme en plein été, un ciel dégagé. En amorçant la montée au niveau du Grozeau, la température extérieure est de 17°.

Le crépuscule déjà ! Retrouverons-nous un peu de lumière plus haut ? Les arbres défilent de chaque côté, des charmes au feuillage jaune d’or qui émergent de la pénombre puis des pins dont les troncs violets filtrent une vapeur bleuâtre. Et puis tout à coup, une étrange lumière diffuse nous enveloppe, issue d’un horizon qui s’élargit découvrant en contrebas une mer de collines bleues flottant dans une brume légère. Du bleu mais aussi une lumière dorée qui s’accroche au rochers qui longent la route ou aux feuillages les plus clairs.

Après la station du Mont Serein, au détour d’un virage, le Ventoux apparaît soudain, énorme, superbe, d’une netteté incontournable. Il occupe définitivement la scène, le casse blanc, doré, ciselé dégage une ambiance lunaire tandis que l’index dressé, impérieux qui le surmonte, désigne quoi au juste, dans ce ciel velouté, crépusculaire ?

Au sommet où nous descendons de la voiture, un peu de vent nous surprend mais la température est exceptionnelle, 13°, la différence habituelle entre la base et le sommet de 10° ne se vérifie pas. Nous sommes tout à fait seuls : espace et silence. Des constellations de lumières scintillantes signalent les lieux habités que nous n’avons pas le temps d’identifier sur une carte, Brantes ? Orange ?.Il faut emmagasiner des sensations uniques. Le Ventoux comme on ne l’a jamais vu ou plutôt ressenti. Le temps est suspendu, étrange, insolite, mystérieux.

Nous nous engageons dans la descente, au ralenti, à l’unisson de cette atmosphère feutrée et je me demande, tant cette lumière fait penser à des éclairages de films, quelle musique pourrait accompagner cette séquence-là., Dvorak ou Debussy ? Tout à l’heure dans la montée, j’évoquais la montée dans cet hôtel isolé des Rocheuses, les premières images du film Shining de Kubrick et son inquiétante musique.

Non, ici il faudrait une musique plutôt décalée, qui étonne, qui interroge mais aussi qui berce et apaise.

Il est près de 20h. Le retour par Bédoin, Modène, Caromb et Beaumes de Venise nous ramène dans un espace connu, à la tombée de la nuit, des images fugaces et familières de lieux que nous aimons voir et revoir. Comme la dentelle de fer du campanile de l’église de Modène dans la lumière violette d’un projecteur…

Mais le charme de cette visite crépusculaire au Géant de Provence est rompu.

Il reste pourtant imprimé en nous comme une expérience originale et brève.

Il y a tant à découvrir de ce lieu mythique.

 

Publié dans Balades et découvertes | Commentaires fermés